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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 02:57

Par Dr Essam Safty.

Professeur à l'université St Thomas, Canada

Les références coraniques à la formation ainsi qu’à la forme de la terre sont nombreuses et s’accompagnent, comme dans le cas de mainte autre référence ou allusion à des phénomènes scientifiques, de rappels de l’omnipotence du Créateur ou d’invites à l’adresse des hommes en vue de la considération de Ses signes dans l’univers. Ainsi : «Ceux qui ont mécru, n’ont-ils pas vu que les cieux et la terre formaient une masse compacte? Ensuite, nous les avons séparés(fafataqnahuma)» (21. 30); «Il s’est ensuite adressé au ciel, qui était fumée, et lui a dit, ainsi qu’à la terre: ‘Venez tous deux, bon gré, mal gré’. Tous deux dirent: ‘Nous venons obéissants’» (41. 11). Ces deux versets évoquent un tableau grandiloquent de la formation de la terre en tant qu’épisode parmi d’autres dans la très longue histoire de la naissance de l’univers. Or, la science moderne a de son côté démontré que c’est à partir d’une «masse compacte», dite nébuleuse primitive, et qui était essentiellement fumée, i.e.une masse formée de plusieurs sortes de gaz en proportions variables, que furent créés ciel et terre, selon un phénomène de fatq, i.e. séparation; lequel désigne en géophysique un processus de ségrégation et d’accrétion. C’est en effet par des phénomènes d’agglutination et d’accrétion que s’explique la formation des premiers corps célestes stellaires et planétaires. Ainsi, à partir de la nébuleuse primitive, des nuages de gaz et de poussières commencèrent à s’agglutiner sous l’effet de leurs attractions gravitationnelles et mutuelles. Par accrétion, se formaient ainsi petit à petit les planètes lorsque le rayon de ces premières formations devenait égal au rayon de capture gravitationnelle. Mais si ce sont uniquement les éléments non volatiles qui se trouvaient à la périphérie de la nébuleuse qui parvinrent à se détacher pour former des planètes et par condensation ou agglutination des composés réfractaires et par accrétion des planétésimales, le centre de la nébuleuse, qui était le siège d’une activité éruptive beaucoup plus intense que celle de notre soleil, dut, par contraction, engendrer ce dernier. Ce processus de condensation dut durer entre 10 et 15 millions d’années. Ainsi, c’est par la formation du soleil à partir de ce centre que s’explique la similitude de composition entre le soleil et la nébuleuse primitive qui l’entourait: 70 % d'hydrogène, 28  % d'hélium et 2 % pour tous les autres éléments.


Le processus de formation de la terre même s’étale sur une période de plusieurs centaines de millions d’années, et l’on y distingue plus d’une étape que l’on peut résumer comme suit: condensation des matériaux réfractaires à 1 500 kelvins; agglomération par effondrement gravitationnel et par collisions des condensats, qui se réchauffent sous l’action même de l’énergie gravitationnelle et de la désintégration d’isotopes radioactifs mais encore par l'énergie qui est libérée par la chute même des planétésimales; fusion et homogénéisation du corps planétaire sous l’effet du réchauffement; combinaison des éléments chimiques en minéraux grâce au refroidissement, qui dut se faire lentement vu l’abondance des éléments radioactifs; séparation entre métaux et silicates aux alentours de 900 kelvins, les silicates, plus légers, restant à la périphérie, alors que le fer, plus lourd, migre vers le centre de la terre, où, combiné avec le nickel, il forma le nif central; formation de l’atmosphère et de l’océan à partir des éléments volatils, qui, ayant migré vers la surface, durent s’échapper par d’innombrables activités éruptives. Ainsi furent constitués noyau, manteau et croûte. Mais le cas de la lente migration du fer vers l’intérieur de la terre doit également retenir notre attention.


La formation en fut longtemps l’objet de mainte interrogation pour la communauté scientifique, qui avait remarqué en effet que l’énergie primitive sur le système solaire était insuffisante à sa naissance. De fait, le calcul de l’énergie nécessaire à la formation d’un seul atome de fer révèle qu’il faut 4 fois plus la somme d’énergies du système solaire tout entier. C’est ainsi que les géologues en conclurent que le fer n’était pas formé à partir d’éléments présents dans la terre, mais qu’il fut déposé sur la terre à partir de condensats lors des collisions qui précédaient la formation de notre globe. Ces condensats, en se heurtant contre la terre, laissèrent échapper sur la terre des métaux en fusion qui, refroidis par la suite, constituèrent le fer. La revue New Scientists (le 13 janvier, 1990) fait remarquer, à propos de la formation du fer: «The ultimate stellar ash is made up of iron. In iron, atomic nuclei are packed as tightly as possible. Iron is the heaviest element that gets made in a star by standard nuclear burning. It has the most stable nucleus. The energy required to synthesize iron is not available on earth. Therefore the iron found in the earth must have been synthesized in outer space» (voir aussi V. E. Viola, «Formation of the chemical elements and the evolution of our universe», in Journal of Chemical Education, September 1990, Vol. 67 No 9). Or, ce fait, d’acquisition récente pour la science, est clairement énoncé dans le Coran, qui évoque la descente du fer sur notre terre, et non pas sa formation en son sein: «[...] Et Nous avons fait descendre le fer, dans lequel il y a une force redoutable ainsi que bien des utilités pour les gens»(57. 25).


I. La dynamique interne de la terre:

«Et par la terre qui se fend(Waalardi thati alssadAAi)» (86.12). Ainsi, le Coran nous apprend aussi que la terre se fend, c’est-à-dire qu’elle renferme en son sein des fissures. Le mot sada’, en arabe, veut dire en effet la fissure qui résulte de la séparation des parties d’un tout. Le pluriel sudou’, accolé au substantif géographie (jughrafyet e’ sudou’) se dit pour la séismologie, et, implicitement, pour la tectonique des plaques, concept sur lequel nous reviendrons dans un instant. Le vocable fissure, ainsi que son synonyme faille, voire brèche, sont d’ailleurs couramment employés en géodynamique. Deux choses sont toutefois à signaler. D’abord, qu’il s’agit dans ce verset d’un serment fait par Dieu. Or, l’exégèse s’accorde depuis toujours à dire le caractère solennel des serments faits par Dieu du fait qu’ils se rapportent à des phénomènes grandiloquents et où peut se reconnaître, souvent à grand renfort de réflexion, l’omnipotence du Créateur. D’autre part, les commentateurs classiques, tels Al-Tabari et Al-Qurtubi, voient dans ce verset soit les fissures à travers lesquelles les végétaux se fraient un chemin vers la surface de la terre lors de leur croissance, et l’on cite à l’appui de cette interprétation le verset suivant: «Puis Nous fendons la terre par fissures, et y faisons pousser grains, vignobles et légumes, olives et palmiers, jardins touffus, fruits et herbages […]» (80. 26-31) ; soit le violent déchirement de la surface de la terre annonçant l’éruption de son contenu, plutôt au sens des morts, lors du jour de la Résurrection, et l’on peut citer à ce propos maint verset: «Le jour où la terre se fendra (les rejetant = les morts) précipitamment. Ce sera un rassemblement facile pour Nous» (50. 44) ; «Quand le ciel se déchirera, et obéira à son Seigneur – et fera ce qu’il doit faire-, et que la terre sera nivelée, et qu’elle rejettera ce qui est en son sein (=les morts) et se videra[…]» (84. 1-4); «Quand la terre tremblera d’un violent tremblement, et que la terre fera sortir ses fardeaux (=les morts» (99.1-2). Ces interprétations sont valables, et d’autant plus quand on les replace dans leur contexte historique, où le vocable sada’, i.e. fissure, n’avait pas encore acquis le sens moderne. Pour un géophysicien moderne, l’idée d’une terre qui se fend est néanmoins l’expression en langage accessible du concept de la dynamique interne de la terre. On ne saurait, en vérité, faire ici l’historique de la dynamique interne de la terre: il faudrait tout un livre pour ce faire. On se contentera toutefois de quelques brèves indications qui montrent les principaux rouages mis en branle par cette formidable machine qu’est «la terre qui se fend» soit pour donner naissance soit pour mettre fin à des continents, des océans, des chaînes de montagnes, etc. Du reste, si la géodynamique interne nous révèle désormais la mécanique de déplacement de plaques rigides à la surface de notre planète, il ne faut pas oublier que l’imagination populaire, appuyée par les premières spéculations philosophiques, dut s’attacher pendant fort longtemps, et bien au-delà de l’époque de l’apparition de l’islam, à une conception fixiste ou du moins catastrophiste de la physionomie de la terre.

On connaît la légende de l’Atlantide développée par Platon, à la suite des prêtres Égyptiens, dans deux de ses plus célèbres dialogues, le Timée et le Critias: l’Atlantide était alors une île merveilleuse située au-delà des colonnes d’Hercule (Gibraltar), mais qui fut engloutie lors d’un cataclysme gigantesque. La cosmologie d’Aristote, son disciple, conférera d’emblée à la terre, par une série de grandes catastrophes, mais de courte durée, sa physionomie actuelle. Au XVIIe siècle, François Placet soutiendra, dans son mémoire intitulé La corruption du grand et du petit monde, où il est montré qu’avant le déluge, l’Amérique n’était point séparée des autres parties du monde (1668), l’existence à l’origine d’un seul bloc primitif. Mais c’est encore par catastrophisme qu’il posera la division du bloc continental en deux blocs séparés avec émergence de l’Atlantique au centre. Au XIXe siècle, Antonio Snider-Pelligrini parlera encore du même phénomène dans son ouvrage La Création et ses mystères dévoilés (1858), et insistera notamment sur l’instabilité du bloc primitif avant le déluge, lequel aurait mis fin à cette instabilité en refroidissant ce bloc de roches en fusion. Le refroidissement produisit alors une gigantesque rupture qui entraîna la séparation des continents. Quelques dizaines d’années plus tard, l’imagination catastrophiste n’aura toujours pas cédé le pas: le Pacifique, pour Georges Darwin, n’est autre que cette gigantesque cicatrice qu’aurait laissée la lune dans la croûte granitique après s’être arrachée à la terre à une époque fort reculée. Le transformisme lithologique tel qu’il fut créé et développé par l’Écossais James Hutton dans sa célèbre Theory of the Earth (1788-1795) restera en quelque sorte lettre morte pendant plusieurs décennies. Ce «fondateur de la géologie moderne» ne parviendra pas en effet à convaincre ses contemporains du dynamisme du monde: son langage, empreint d’un finalisme déiste, sera tenu pour prophétique et non pas pour un exposé scientifique fondé sur des faits positifs. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les affirmations évolutionnistes du géologue écossais Charles Lyell et celles du naturaliste allemand Alexandre von Humboldt ne connaîtront pas un meilleur sort. Autant dire que, pendant très longtemps, le fixisme empêchait les esprits d’imaginer une véritable dynamique interne de la terre. Il faudra donc attendre le début du XXe siècle pour que soient posées, sans être aussi violemment rejetées, les premières solides hypothèses concernant les mouvements internes de la terre. En 1910 Frank Bursley Taylor, suivi par Alfred Wegener en 1915, posent en effet les principes de la théorie de la dérive des continents.


1. La dérive des continents:

Dans sa révolutionnaire communication présentée le 6 janvier 1912 lors de la session annuelle de l’Union géologique, qui s’est tenue à Francfort-sur-le-Main, le physicien-métérologue Alfred Wegener propose ses Idées nouvelles sur la formation des grandes structures de la surface terrestre (continents et océans) sur des bases géophysiques. Ayant observé la complémentarité des lignes côtières entre l’Afrique et l’Amérique du Sud, il supposa que les continents actuels formaient à un moment donné de l’histoire de la terre un seul mégacontinent, la Pangée, qui, par la suite, se scinda en deux continents: la Laurasie au Nord et le Gondwana au Sud. Nous reviendrons sur la suite de cette dérive, mais il faut dire que Wegener reprenait en somme les remarques du cartographe sir Francis Bacon (1561-1626) et, après lui, celles d’Alexandre von Humboldt (1769-1859) sur les similitudes de contours entre les côtes Ouest de l’Afrique et les côtes Est de l’Amérique du Sud, lesquelles semblaient en fait pouvoir s’emboîter parfaitement. Sa reconstitution de la Pangée sera précisée dans les années 60 par une équipe britannique (E. Bullard, J. Everett et A. Smith). À l’appui de son hypothèse, et parallèlement à ses remarques sur la complémentarité des lignes côtières, Wegener invoquait d’ailleurs d’autres observations, telle que la concordance des structures géologiques à l’intérieur même des masses continentales ainsi rapprochées. Ainsi, il y a correspondance de structures géologiques entre les boucliers ouest-africain et angolais d’une part et les boucliers brésiliens et guyanais d’autre part. De même, entre l’Amérique du Nord, le Nord-Ouest de l’Afrique et l’Europe, il y a concordance de structures géologiques entre ces trois chaînes de montagnes que sont les Appalaches, les Mauritanides et les Calédonides. La présence de fossiles de plantes et d’animaux terrestres datant de 240 à 260 Ma. sur les continents actuels est un autre fait d’observation avancé par Wegener, qui estimait ainsi que les aires actuelles de répartition des organismes vivants ne peuvent s’expliquer que par l’existence autrefois de la Pangée. Enfin, la présence sur certaines parties des continents actuels (Afrique et Amérique du Sud, Inde et Australie) de marques de glaciation remontant à près de 250 Ma. démontre que ces parties avaient été recouvertes par une calotte glaciaire, et c’est par la reconstitution de la Pangée que l’on peut expliquer non seulement la répartition des dépôts glaciers datant de cette même période, mais les directions d’écoulement de la glace (qui se fait par extrusion sous l’effet du poids): le pôle sud devait être en effet recouvert d’une calotte glaciaire, et c’est à la périphérie de cette même calotte que devait se produire le phénomène d’écoulement de la glace.

La proposition de la dérive des continents se heurta d’emblée à une violente réaction, car il lui manquait notamment les fondements géophysiques propres à expliquer les modalités ou le moteur de la dérive. Elle n’en fut pas moins adoptée vers la seconde moitié du XXe siècle avec le progrès de la géodynamique qui, mieux armée des principes de la structure interne de la terre, s’attachera à expliquer les causes du mécanisme de déformation des ensembles rocheux sous l’effet de la désintégration radioactive de certains éléments chimiques: de la simple observation des effets, on passe donc à l’explication des causes. Désormais, l’hypothèse de la dérive des continents pourra non seulement être confirmée, mais justifiée par la tectonique des plaques.


2. La tectonique des plaques:

Ainsi, il fut estimé que c’est sur une période de près de 250 Ma. que dut se dessiner la physionomie actuelle de notre globe: vers le milieu du Jurassique (de 205 à 135 Ma) s’effectue la dislocation de la Pangée et son scindement en deux continents ainsi que nous l’avons indiqué. Au Crétacé (de 135 à 65 Ma), apparaît l’océan Atlantique entre l’Afrique et l’Amérique. Plus tard, l'Antarctique et l'Australie se mettent à s’éloigner l’un de l’autre et, vers la fin de cette même période, la plaque indienne se déplace vers le Nord. Enfin, au début du Tertiaire, se forment les grandes chaînes de montagnes de type alpin, et, vers la fin, s’effectue la collision entre l’Inde et l’Asie, qui produira par la suite l’arc montagneux de l’Himalaya. Théorie unificatrice, puisqu’elle tend à expliquer de façon scientifique et rigoureuse un ensemble complexe de phénomènes géologiques affectant, au fil des époques, l’apparence de la croûte terrestre, la tectonique des plaques devient vite le modèle par excellence de la mécanique planétaire terrestre. Or, pour bien comprendre les fondements du mécanisme de cette théorie, et, partant, évaluer à sa juste valeur les implications du verset coranique qui nous apprend que la terre se fend, il convient d’abord de dire un mot sur les diverses enveloppes de la terre ainsi que sur ses sources internes de chaleur.


A. La structure interne de la terre:

La détermination de l’état et de la densité des couches terrestres s’est effectuée grâce à l'étude du comportement des ondes sismiques, dont la vitesse de propagation varie suivant les paramètres physiques de la matière à travers laquelle elles se propagent. Sans aller jusqu’à s’étendre sur les diverses propriétés des deux grands types d’ondes (les ondes de cisaillement ou ondes S et les ondes de compression ou ondes P), il suffit de dire que les spécialistes de la question distinguent, depuis la surface de la terre et en se dirigeant vers le centre, plusieurs couches de propriétés physiques différentes: la division la plus simple consiste à identifier trois grandes couches: la croûte terrestre, qui compte pour moins de 2 % du volume terrestre, le manteau, qui constitue près de 81 % du volume, et le noyau, qui forme près de 17 % du volume. Néanmoins, ces couches subissent généralement d’autres subdivisions. Ainsi, indépendamment de la très mince couverture sédimentaire provoquée par les divers agents d’érosion (eau, vent et glace), l’on reconnaît deux types de croûte: la croûte continentale, et la croûte océanique. La première est constituée de roches granitiques, et elle est plus épaisse que la seconde vu sa faible densité (2,7 à 3). Son épaisseur moyenne varie entre 30 et 40 Km, mais elle peut atteindre, comme on le verra en temps utile, une épaisseur beaucoup plus importante (près de 70 Km) sous les grandes chaînes de montagnes. La croûte océanique, quant à elle, atteint une profondeur de 5 à 7 Km. Elle est constituée de roches basaltiques de densité 3, 2. Le manteau est divisé à son tour en manteau supérieur (entre 70-150 et 700 Km), relativement plastique, et en manteau inférieur solide (entre 700 et 2885 Km). La partie plastique du manteau supérieur est appelée asthénosphère, alors que la partie la plus superficielle de ce même manteau, qui est solide, forme, avec la croûte, ce que l’on appelle la lithosphère. Enfin le noyau est divisé en noyau externe liquide (entre 2885 et 5155 Km), qui renferme du fer fondu et qui forme la source même du champ magnétique terrestre, et en noyau interne solide (entre 5155 et 6371 Km), contenant également du fer, mais à un plus haut degré de pureté. Il faut aussi signaler que de brusques variations de la vitesse des ondes sismiques ont montré l’existence de plus d’une discontinuité, dont les plus importantes sont celles de Mohorovicic et de Gutenberg, qui marquent, toutes deux, un contraste de densité, la première entre la croûte terrestre et le manteau supérieur (vers 30 Km de profondeur en moyenne) et la seconde, plus brutale, entre le manteau inférieur solide et le noyau externe liquide (à près de 2 900 Km de profondeur).


B. Les sources internes de chaleur:

En dehors de la chaleur originelle, datant de l’époque de la création du globe terrestre, mais qui se dissipe lentement, la désintégration des isotopes radioactifs (uranium, thorium et potassium), contenus dans la lithosphère et dans le noyau de la terre, produit un flux de chaleur dont l’évacuation s’effectue en direction de la surface. On enregistre en moyenne une élévation de température de 1°C tous les 30 m. (gradient géothermique). Au centre de la terre, la température est de l’ordre de 5000 °C environ. Ce flux de chaleur crée des cellules de convection à déplacement très lent qui provoquent les déformations de la lithosphère: ces cellules sont le moteur même de la tectonique des plaques. De la déformation de la lithosphère par ces forces internes résulte le découpage de celle-ci en un certain nombre de plaques rigides, elles-mêmes génératrices d’énergies mécaniques notamment en matière d’orogenèse, et de séismes, qui sont des processus fort intenses. Si l’on excepte les subdivisions, on compte en général six plaques principales: indo-australienne, antarctique, africaine, eurasiatique et américaine. Du fait de la quasi-sphéricité de la terre, les mouvements de ces plaques sont des rotations dont l’axe définit des pôles de rotation, appelés «pôles eulériens», correspondant à l’axe de rotation actuel du globe terrestre. Leur déplacement les unes par rapport aux autres se fait sur l’asthénosphère et selon trois types de frontières, qui sont toutes marquées par une étroite ceinture de sismicité: frontières divergentes avec création d’une nouvelle croûte océanique (dorsales d’accrétion); frontières convergentes, qui provoquent une collision entre les plaques et entraînent la disparition de la croûte océanique (zones de subduction); et frontières transformantes (ou plus couramment failles transformantes), où il n’y a ni destruction ni création de nouvelle croûte mais coulissage entre les plaques voisines. On s’explique le mécanisme des plaques comme suit. Dans le cas des frontières divergentes, les cellules de convection engendrées dans l’asthénosphère produisent du magma et provoquent la dilatation du matériel chauffé dans le manteau plastique, ce qui conduit au bombement de la lithosphère (dorsale océanique) dont il résulte des forces de tension qui fracturent cette dernière: les laves peuvent soit former des volcans, soit s’écouler dans les fissures causées par le mouvement de divergence. Le magma produira, en s’infiltrant dans ces fissures, du volcanisme continental. Un fossé d’effondrement (rift océanique) est ensuite créé à force d’étirement de la lithosphère. Celle-ci conserve, sous forme cristallisée, une partie du magma introduit dans les fractures du rift, alors que l’autre partie du magma est expulsée, sous forme de laves, vers le fond océanique, et produit des volcans sous-marins qui formeront par la suite les premiers planchers océaniques. Les eaux sous-marines envahissent le rift océanique, qui s’enfonce à mesure que l’étirement de la lithosphère se poursuit: la formation d’un océan (de type Atlantique) sera le résultat de l’étalement des planchers océaniques.

Dans le cas des frontières convergentes, lorsque deux plaques lithosphériques entrent en collision, le résultat dépendra de la nature des plaques qui se rencontrent. S’il s’agit de deux plaques océaniques, seule la plus dense s’enfonce, créant ainsi une zone de subduction. Une partie du magma résultant de la fusion partielle de la plaque enfoncée reste dans la lithosphère, alors que l’autre partie est expulsée vers la surface, créant sur le plancher océanique des volcans sous forme d’îles volcaniques (arc insulaire volcanique). Mais lorsqu’une plaque continentale et une plaque océanique se rencontrent, la plaque océanique la plus dense plonge sous la plaque continentale. Là encore, une partie du magma reste dans la lithosphère, continentale cette fois, et l’autre partie est expulsée vers la surface, créant dans ce cas une chaîne ou un arc volcanique continental. Enfin, lorsque deux plaques continentales entrent en collision, elles ne s’enfoncent pas, mais se soulèvent pour former une chaîne de montagnes. Enfin, les failles transformantes se situent surtout dans la lithosphère océanique. Elles permettent à deux plaques, comme on vient de l’indiquer, de glisser l’une contre l’autre. Failles de coulissage, elles tirent leur nom du fait qu’elles transforment le mouvement relatif d’une frontière de plaque en celui d’une autre frontière soit identique ou inverse. En outre, elles permettent d’accommoder des différences de vitesse de divergence (dont le taux varie de 1,8 à 4,1 cm/an dans l’Atlantique, et, dans le Pacifique, de 7,7 à plus de 18 cm/an) ou de convergence (entre 3,7 et 5,5 cm/an dans le Pacifique) qui sont causées par des inversions périodiques du champ magnétique terrestre. Il faut notamment remarquer, pour insister sur l’idée d’une «terre qui se fend», que les failles transformantes, dont certaines recoupent les continents, comme la faille de San Andreas, en Californie, ou la faille Alpine de Nouvelle-Zélande, peuvent être marquées, en mer, par des escarpements ou des fosses présentant des dénivelées pouvant atteindre 5 000 m. Dans le Pacifique, elles conduisirent à la lacération de la croûte océanique provoquant des fractures qui atteignent plusieurs milliers de kilomètres: ainsi sont les failles de Mendocino, de Murray, de Molokai, de Clarion et de Clipperton. Enfin, ajoutons que les sondages sismiques et les forages profonds révèlent l’existence de mégafractures plates.

Sans s’étendre davantage sur le mécanisme fort complexe de la tectonique des plaques, on voit ainsi l’importance que revêt pour la géophysique la notion d’une «terre qui se fend»: c’est par la dynamique interne d’une «terre qui se fend» justement et dont la science moderne nous a révélé la thermodynamique que s’expliquent en effet bien des phénomènes géologiques tels que les tremblements de terre, la naissance des continents, la formation des volcans, des océans, des cours d’eau et des montagnes.


II. Expansion et forme de la terre:

Si la théorie du Big Bang, dont on vit l’énoncé du principe fondamental dans plus d’une référence coranique, rend aujourd’hui compte de la naissance de la terre à partir de la nébuleuse primitive, c’est, du reste, à l’hypothèse de l’expansion de la terre que s’attache la paléogéographe moderne en vu de la reconstitution des visages successifs de la terre. C’est encore, évidemment, au mécanisme de la dérive continentale ou à celui de la tectonique des plaques que l’on se réfère, comme on vient de le voir, pour reconstituer l’histoire de la terre. L’hypothèse fut en outre suggérée, dès le début de la seconde moitié du XXe siècle, par le Hongrois Egede et l’Australien Carey, et fut reprise plus tard dans les années 80. Contrairement à celle de l’expansion océanique, qui reçut sa confirmation dès 1962 avec l’exposé détaillé qui en fournit Harry Hess, l’hypothèse de l’expansion de la terre parut se heurter à des difficultés de mesure, et ce, en dépit de l’introduction par Carey en 1958 de nouvelles notions relatives aux angles de rotation. Cela dit, il convient de reconnaître que la communauté des géologues ne s’accorde pas non plus sur l’âge à partir duquel date le début de ce phénomène. Il n’en reste pas moins que l’on reconnaît la réalité même et l’importance des structures d’expansion des planètes telluriques dans l’explication de divers phénomènes géologiques, dont la naissance de continents, de cours d’eau, de montagnes, les tremblements de terre, l’éruption de volcans, etc. (voir notre article «La formation des montagnes et l’équilibre isostatique: les références coraniques confirmées par l’orogenèse», in Cahiers des Études Anciennes, no 39, 2004, pp. 83-91).Cette réalité fait justement l’objet de plus d’un verset coranique. Ainsi dans ces versets où il est fait allusion à l’ordre, en conformité avec nos connaissances modernes, de la création dans l’univers: «Êtes- vous plus durs à créer? ou le ciel, qu'Il a pourtant construit? Il a élevé bien haut sa voûte, puis l’a parfaitement ordonné; Il a assombri sa nuit et fait luire son jour. Et la terre, après cela, Il l'a étendue (dahaha)» (79. 27-30). On voit ici que l’expansion de la terre, i.e. la somme de phénomènes géologiques qui affectèrent la physionomie de notre globe à partir de la rupture du mégacontinent, est dite consécutive à la création du ciel et des planètes en général, ce qui, aujourd’hui, ne fait plus de doute. D’autres versets mentionnent encore le même phénomène. Ainsi: «Et c'est Lui qui a étendu la terre et y a placé montagnes et fleuves[...]» (13. 3); «Et la terre, Nous l'avons étendue et y avons placé des montagnes(immobiles) [...]» (15. 19); «Et la terre, Nous l'avons étendue et Nous y avons enfoncé fermement des montagnes[...]» (50. 7); «Et par la terre et Celui qui l'a étendue» (91. 6).

D’autre part, le verbe daha, qui peut se traduire, comme on vient de le voir, par étendre ou mettre quelque chose en bon ordre, veut aussi dire conférer une forme ovale à quelque chose. Or on sait désormais que la terre n’est pas tout à fait sphérique, mais qu’elle est, ainsi que le démontrèrent les travaux de géodésie, un ellipsoïde de révolution aplati aux pôles d’un taux de 1/298,5, ce qui traduit un rayon polaire de 6 356, 752 , plus court de près de 21 Km que le rayon équatorial, égal à 6 378, 136 Km. En chiffre rond, il y a lieu de remarquer que, pour un rayon moyen de près 6 371 Km, il y a un écart de 21 Km environ entre le rayon polaire et le rayon équatorial, ce qui confère à la terre en effet sa forme sphéroïde aplatie. C’est en se fondant sur la forme ovale évoquée par le verbe dahadans la sourate 79, verset 30 («Et la terre, après cela, Il l'a étendue(dahaha)»), que certains critiques modernes ont également invoqué cet autre verset pour montrer la révélation par le Coran de la forme elliptique de la terre: «Ne voient-ils pas que Nous frappons la terre et que Nous la réduisons par ses extrémités?» (13. 41). La même invite se retrouve encore dans la sourate 21. 44: «Ne voient-ils pas que Nous venons à la terre que nous réduisons de tous côtés?». Ces deux versets ont toutefois reçu des interprétations consistant à voir dans la réduction des extrémités ou des côtés de la terre, non pas l’aplatissement des pôles, mais l’allusion aux conquêtes successives de l’Islam, dont l’expansion réduisait en effet l’espace païen. Ce fut déjà l’avis d’Al-Tabari, qui parle de châtiments divins subis par les infidèles, d’Al-Jalalayn et d’Ibn Kathir, qui y ajoutent les victoires du prophète et de l’islam et d’Al-Qurtubi, qui rappelle la chute successive de diverses contrés face au progrès de l’islam. Ces interprétations s’autorisent en effet de l’histoire des conquêtes de l’islam, et l’on ne saurait songer à révoquer en doute leur validité. Mais il est important de se souvenir que l’un des aspects du miracle de la révélation coranique se trouve dans son universalité de son message, i.e. son adaptabilité à toutes les époques de l’histoire humaine, ainsi que dans sa parfaite concordance avec les faits établis par la science moderne. De fait, comme le remarque M. Kassab, «l’aplatissement des pôles n’est pas d’ailleurs, pour le Coran, un sujet tel qu’il faille le réfuter ou le regarder avec méfiance» (Gloire à Dieu ou Les mille vérités scientifiques du Coran, éd. Essalam, Paris, 1977, p. 463). On est partant en mesure de croire, en songeant à la forme ovale suggérée par le verbe daha, que le Coran, qui s’adresse aux hommes de tout temps, évoque ici la forme ellipsoïdale de la terre, fait qui, sans contredire celui des conquêtes de l’Islam, est plus proche de nous.

À une époque où se multipliaient les légendes et les affabulations quant à l’origine et à la forme de la terre, le Coran vint annoncer la Vérité, en proclamant : «En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l'alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d'intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Allah et méditent sur la création des cieux et de la terre (disant): ‘Notre Seigneur! Tu n'as pas créé cela en vain. Gloire à Toi! Garde-nous du châtiment du Feu’» (3. 90-91).


 

Bibliographie sélective

I. Sources :

Al QOR'AN EL KARIM . Texte Original.

Le Coran. Essai d’interprétation du Coran Inimitable, trad. D. Masson, rév. S. El-Saleh, Paris, Gallimard, 1967, le Caire, Beyrouth, 1980.

Le saint Coran.trad. et comment. de Muhammad Hamidullah avec la coll. de M. Léturmy, Brentwood, M., U.S.A., Amana Corp., 1989.

Al-Tabari : Tafsir Al-Tabari , Al-Qahirah, Dar al-ma'arif, 1954.

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Sha`rawi, Muhammad Mutawalli: Tafsir al-Sha`rawi : khawatir fadilat al-shaykh Muhammad Mutawalli al-Sha`rawi hawla al-Qur'an al-karim , le Caire, Akhbar al-Yawm, Idarat al-Kutub wa-al-Maktabat, 1991.


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Lyell, Charles : Elements of geology, 6th edition, London : J. Murray, 1865.

Placet, François : La corruption du grand et du petit monde, où il est montré qu’avant le déluge, l’Amérique n’était point séparée des autres parties du monde, Paris : Vve G. Alliot et G. Alliot, 1668.

Platon: Timée, Critias, in Œuvres complètes, t. X, texte établi et traduit par Albert Rivaud, Paris : les Belles lettres, 1963.

Safty, Essam: «La formation des montagnes et l’équilibre isostatique: les références coraniques confirmées par l’orogenèse», in Cahiers des Études Anciennes, no 39, 2004, pp. 83-91.

Snider-Pelligrini, Antonio : La Création et ses mystères dévoilés, ouvrage où l'on expose clairement la nature de tous les êtres, les éléments dont ils sont composés et leurs rapports avec le globe et les astres[...]», Paris : A Franck, 1858.

Taylor, Frank Bursley : The Pleistocene of Indiana and Michigan, and the history of the Great Lakes, Washington: Government printing office, 1915.

Viola, V.E.: «Formation of the chemical elements and the evolution of our universe», in Journal of Chemical Education, September 1990, Vol. 67 No 9.

Wegener, Alfred: Die Entstehung der Kontinente und Ozeane: Nachdruck der 1. Auflage 1915 mit handschriftlichen Bemerkungen von Alfred Wegener, Stuttgart : Schweizerbart'sche Verlagsbuchhandlung, 2005.

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