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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 01:33

5 La naissance du royaume portugais

Les Asturies, devenues le royaume de León, furent administrées en fonction de quatre subdivisions : les Asturies, le León, la Galice et la Castille, chacune dirigée par un comte.

À partir de 1064, Ferdinand Ier le Grand, roi de Castille, puis ses successeurs, entreprirent de reprendre l’ensemble des territoires du sud du Douro, l'actuel Portugal. En 1095, Henri de Bourgogne reçut de son beau-père, Alphonse VI, le comté de Portugal (Condado Portucalense), ce qui eut pour effet d'émanciper progressivement la région de la tutelle castillane.

Par le traité de Zamora de 1143, Alphonse VII de Castille, sous la pression du pape, finit par reconnaître le royaume du Portugal et son roi Alphonse Ier (1109-1185), connu aussi sous le nom de «Alphonse Ier Henriques»; auparavant, le titre d'Alphonse était "princeps" («prince»).

Dès l'année suivante, Alphonse Ier de Portugal réaffirma ses prétentions sur la partie méridionale de la Galice. Le roi Alphonse VII de Castille déclara la guerre au Portugal. Les deux armées se rencontrèrent à Arcos de Valdevez, où le sort des armes devait être décidé lors d'un tournoi gagné par les chevaliers portugais.

Les habitants du comté de Portugal (1095-1096) et, plus tard, du royaume du Portugal (1143), partageaient la même langue, soit le galaïco-portugais, avec les Galiciens du Nord (Galice). En 1071, le royaume de Galice fut incorporée au royaume de Léon, mais en 1128 Alphonse Ier de Portugal, qui régna de 1139 à 1185, rendit le Portugal indépendant du royaume de Galice-et-Léon.

En 1230, la Galice et le Léon furent annexés à la couronne de Castille, laquelle finit par imposer le castillan comme langue officielle. Cette situation allait modifier durablement la situation linguistique entre la Galice et le Portugal. La séparation politique devait entraîner inévitablement une évolution linguistique distincte entre la Galice et le Portugal: pendant que le portugais allait incorporer des éléments arabes, le galicien allait être influencé par les langues castillane et léonaise. Il faut se souvenir que le galicien est une langue romane issue du latin, qui a donné naissance au portugais.

6 La Reconquête chrétienne

Les populations de la Galice, des Asturies, de la Castille, de la Navarre, de l'Aragon, du León et de la Catalogne n'avaient jamais baissé les bras devant l'occupation des Maures. Des foyers de résistance s'étaient maintenus dans tout le nord de la péninsule. Rappelons la bataille de Covadonga de 722, qui avait permis au roi Pélage des Asturies de rendre son royaume indépendant des Maures. Les Asturies, incluant une partie de la Galice, la Cantabrie, le Pays basque, constituèrent le noyau de départ de la Reconquista («Reconquête»), qui permit aux royaumes chrétiens d'Espagne et du Portugal de repousser les Maures au sud de la péninsule Ibérique. La chasse aux Maures fut interprétée à l'époque comme une croisade propre à la péninsule Ibérique. En plusieurs occasions, les papes appelèrent les chevaliers européens à participer à la croisade dans la péninsule, afin de combattre l'islam et de sauver la chrétienté. Des ordres militaires furent fondés dans ce but: l'Ordre de Calatrava, l'Ordre d'Aviz, l'Ordre de Santiago (Ordre de Saint-Jacques-de-l'Epée), l'Ordre de Montjoie, l'Ordre d'Alcántara, l'Ordre de Saint-Georges d'Alfama, etc.

6.1 Le début de la Reconquête

La véritable reconquête chrétienne commença en 1212, alors que, sous le  commandement du roi Alphonse VIII de Castille (1155-1214), une grande armée de coalition regroupant des Portugais, des Aragonais, des Castillans, des Léonais, des Navarrais et des Français, se rassembla à Tolède, au sud de Madrid. De là, les troupes chrétiennes avancèrent jusqu'au royaume musulman de Grenade (l'Andalousie actuelle) en accumulant d’importantes victoires. L'affrontement final entre les armées chrétiennes et musulmanes se produisit à Las Navas de Tolosa (aujourd'hui dans la province de Jaén en Andalousie), où les chrétiens remportèrent leur plus éclatante victoire. La Reconquête était commencée et elle ne devait se terminer qu'en 1492 à Grenade. Pendant deux siècles, les chrétiens allaient profiter de l'émiettement des forces musulmanes et des rivalités entre les seigneurs musulmans pour poursuivre la Reconquête, car le royaume de Grenade résista longtemps. Néanmoins, les chrétiens, surtout en Navarre, au León et en Castille, continuèrent de s’affronter entre eux dans des guerres incessantes pour déterminer leurs propres frontières, ce qui ne pouvait que favoriser les Maures. En effet, ces luttes intestines permirent au royaume de Grenade de consolider son pouvoir durant deux cents ans, sinon de l'étendre aux dépens des chrétiens.

6.2 Le rôle du Portugal dans la Reconquête

Au Portugal, les règnes des successeurs d'Alphonse Ier de Portugal poursuivirent son œuvre d'expansion et entreprirent de repousser les Maures (musulmans) dans le Sud. Le roi du Portugal, Alphonse II le Gros (1211-1223), qui avait participé, avec la France et Alphonse VIII de Castille, à la bataille décisive de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212) contre les Maures, permit aussi la tenue des premiers Cortes portugais, soit une assemblée composée de représentants de la noblesse et du clergé. Puis Alphonse III le Boulonnais (1248-1279) reprit l'Algarve (1249) au sud et donna au Portugal ses frontières actuelles (1300). En 1267, le traité de Badajoz, signé entre Alphonse III et Alphonse X de Castille, fixa les frontières entre les deux royaumes. En raison du développement rendu possible par le butin de la Reconquête et la longue période de stabilité qui suivit, le Portugal connut avec Denis Ier (1261-1325), Alphonse IV (1291-1357), Pierre Ier (1320-1367) et Ferdinand Ier (1345-1383) un important développement économique, démographique, technique, artistique et intellectuel. Denis Ier, fondateur de la première université du pays (1290), renforça encore le pouvoir royal en favorisant les activités économiques d’une bourgeoisie urbaine en plein essor.

6.3 La galicianisation

Après la Reconquête ibérique, les habitants du Nord, notamment les Catalans, les Aragonais et les Castillans, s'approprièrent progressivement les terres abandonnées par les musulmans. Les langues d’oc (ou langues occitanes) donnèrent naissance au gascon, au languedocien, au béarnais, etc., ainsi qu'au catalan qui leur est très apparenté. Vers le XIIe siècle, on peut dire que, grosso modo, le centre de la péninsule Ibérique était castillanisé, l’est et le nord était catalanisé, sauf au Pays basque où la langue basque s’était maintenue contre vents et marées.

Quant au nord-ouest, aujourd'hui la Galice et le nord du Portugal (voir la carte de gauche), il s’était «galicianisé» en galaïco-portugais, ce qui allait donner naissance au galicien, puis au portugais. La langue parlée au nord-ouest de la péninsule n'était pas encore uniforme, mais les divers parlers avaient déjà développé des formes communes et distinctes des autres parlers ibériques.

En outre, certains idiomes issus du latin se sont développés dans les zones intermédiaires tels que le léonais, une sorte de «variété de transition» entre le galicien et le castillan, et l’aragonais, qui se situerait entre le castillan et le catalan. Jusqu’au milieu du Xe siècle, le castillan n’était pas une langue plus importante que les autres, c’était même encore un obscur «dialecte» parlé dans le nord de la Péninsule.

7 L'avènement de la langue portugaise

La langue portugaise fut utilisée pour la première fois dans la rédaction de deux documents : Notícia do Torto ("Observation de Tors"), vers 1211, et le Testamento de D. Afonso II ("Testament de D. Afonso II"), en 1214. La frontière politique qui s'est fixée définitivement entre le Portugal et la Galice produisit peu à peu ses effets sur la langue utilisée dans l'ouest de la péninsule Ibérique. Le Portugal demeura alors coupé de ses racines galiciennes et subit des influences différentes du galicien. Ainsi, alors que le galicien du Nord (galaïco-castillan) commençait à être colonisé par l'Espagne et empruntait massivement au castillan, le galicien du Sud (galaïco-portugais) subit plutôt l'influence de l'arabe. Si beaucoup de musulmans émigrèrent pour échapper aux chrétiens, la plupart d'entre eux avaient dû rester sur place. Le sud du Portugal rassembla des populations très différentes: des chrétiens du Nord et du Sud, des Mozarabes (chrétiens arabisés), des Maures et des Juifs. Avec le temps, ces populations se sont mélangées et les cultures galaïco-portugaise et lusitano-mozarabe se sont fondues peu à peu. Plus tard, alors que la région était soumise à la dynastie des ducs de Bourgogne et à l'influence des moines de Cluny (célèbre abbaye française de Bourgogne), le galicien du Sud emprunta une partie de son vocabulaire au français.

7.1 L'officialisation du portugais


Roi Denis Ier

En 1290, après avoir terminé la Reconquête ("Reconquista") portugaise, le roi Denis Ier (1261-1325), surnommé le «roi troubadour», décréta que la «langue vulgaire» (le galaïco-portugais parlé) pouvait être utilisé en lieu et place du latin à la cour; il la nomma «portugais» ("português"). Ainsi, le roi du Portugal a adopté une langue propre pour son royaume, à l'exemple de son grand-père Alphonse XI le Sage, roi de Castille et de León (1252-1284), qui avait adopté le castillan. En 1296, le portugais fut utilisé officiellement par la chancellerie royale et commença à être employé dans la poésie ainsi que par les notaires et les juristes dans l'élaboration des lois. La publication de la Cancioneiro Geral par Garcia de Resende en 1516 est considérée comme le point de repère de la fin du «vieux portugais». La normalisation de la langue portugaise commença en 1536, avec la création des premières grammaires par les grammairiens Fernão de Oliveira (1507–1581) et João de Barros (vers 1496 - 1570). En 1540, João de Barros, fonctionnaire de la Couronne et trésorier de la Casa da India, publia la Gramática da Língua Portuguesa ("Grammaire de la langue portugaise") et divers dialogues destinés à favoriser l'enseignement de la langue maternelle portugaise.

7.2 La normalisation du portugais

Les recherches en philologie portugaise servirent à répandre l'usage d'une orthographe étymologique dans la justification des mots vernaculaires au moyen de racines grecques ou latines, qu'elles soient réelles ou imaginaires. Duarte Nunes de Leão (Évora, 1530? — Lisbonne, 1608), un pionnier dans l'étude de l'orthographe portugaise fut en 1576 l'un des ses théoriciens. Le développement de la presse contribua à rendre les nouvelles orthographes, notamment les mots en ch, ph, rh, th et y, dans les termes d'origine grecque (archaico, phrase, rhetorica, theatro, estylo, etc.) et les termes en ct, gm, gn, mn, mpt dans les mots d'origine latine  (aucthor, fructo, phleugma, assignatura, damno, prompto), y compris les fausses étymologies, comme tesoura écrit thesoura.

Le sud du Portugal abrita une population sous l'influence d'une civilisation brillante et raffinée, alors que le nord du pays comptait des guerriers et des paysans à la vie rude et austère. Cet ensemble hétéroclite entraîna ce qu'on peut appeler le «particularisme portugais».

7.3 La séparation du galicien et du portugais

Le terme «portugais» (portuguese) remplaça définitivement celui de galego pour désigner la langue parlée par les Portugais, ce qui scella la fragmentation du galego en deux langues. Dans les siècles qui suivirent, les Galiciens du Nord furent de plus en plus influencés par le castillan qui imprégna massivement leur langue. En définitive, le galicien et le portugais devinrent deux langues différentes, bien que de nombreuses similitudes puissent subsister. En effet, le portugais et le galicien contemporains partagent un grand nombre de mots communs et possèdent des grammaires très proches l'un de l'autre, ce qui rend l'intercompréhension relativement aisée.

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commentaires

clovis simard 29/10/2012 00:51


Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.9 - THÉORÈME OSÉE. - La fin d'une civilisation.

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