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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 15:39
20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 01:33

5 La naissance du royaume portugais

Les Asturies, devenues le royaume de León, furent administrées en fonction de quatre subdivisions : les Asturies, le León, la Galice et la Castille, chacune dirigée par un comte.

À partir de 1064, Ferdinand Ier le Grand, roi de Castille, puis ses successeurs, entreprirent de reprendre l’ensemble des territoires du sud du Douro, l'actuel Portugal. En 1095, Henri de Bourgogne reçut de son beau-père, Alphonse VI, le comté de Portugal (Condado Portucalense), ce qui eut pour effet d'émanciper progressivement la région de la tutelle castillane.

Par le traité de Zamora de 1143, Alphonse VII de Castille, sous la pression du pape, finit par reconnaître le royaume du Portugal et son roi Alphonse Ier (1109-1185), connu aussi sous le nom de «Alphonse Ier Henriques»; auparavant, le titre d'Alphonse était "princeps" («prince»).

Dès l'année suivante, Alphonse Ier de Portugal réaffirma ses prétentions sur la partie méridionale de la Galice. Le roi Alphonse VII de Castille déclara la guerre au Portugal. Les deux armées se rencontrèrent à Arcos de Valdevez, où le sort des armes devait être décidé lors d'un tournoi gagné par les chevaliers portugais.

Les habitants du comté de Portugal (1095-1096) et, plus tard, du royaume du Portugal (1143), partageaient la même langue, soit le galaïco-portugais, avec les Galiciens du Nord (Galice). En 1071, le royaume de Galice fut incorporée au royaume de Léon, mais en 1128 Alphonse Ier de Portugal, qui régna de 1139 à 1185, rendit le Portugal indépendant du royaume de Galice-et-Léon.

En 1230, la Galice et le Léon furent annexés à la couronne de Castille, laquelle finit par imposer le castillan comme langue officielle. Cette situation allait modifier durablement la situation linguistique entre la Galice et le Portugal. La séparation politique devait entraîner inévitablement une évolution linguistique distincte entre la Galice et le Portugal: pendant que le portugais allait incorporer des éléments arabes, le galicien allait être influencé par les langues castillane et léonaise. Il faut se souvenir que le galicien est une langue romane issue du latin, qui a donné naissance au portugais.

6 La Reconquête chrétienne

Les populations de la Galice, des Asturies, de la Castille, de la Navarre, de l'Aragon, du León et de la Catalogne n'avaient jamais baissé les bras devant l'occupation des Maures. Des foyers de résistance s'étaient maintenus dans tout le nord de la péninsule. Rappelons la bataille de Covadonga de 722, qui avait permis au roi Pélage des Asturies de rendre son royaume indépendant des Maures. Les Asturies, incluant une partie de la Galice, la Cantabrie, le Pays basque, constituèrent le noyau de départ de la Reconquista («Reconquête»), qui permit aux royaumes chrétiens d'Espagne et du Portugal de repousser les Maures au sud de la péninsule Ibérique. La chasse aux Maures fut interprétée à l'époque comme une croisade propre à la péninsule Ibérique. En plusieurs occasions, les papes appelèrent les chevaliers européens à participer à la croisade dans la péninsule, afin de combattre l'islam et de sauver la chrétienté. Des ordres militaires furent fondés dans ce but: l'Ordre de Calatrava, l'Ordre d'Aviz, l'Ordre de Santiago (Ordre de Saint-Jacques-de-l'Epée), l'Ordre de Montjoie, l'Ordre d'Alcántara, l'Ordre de Saint-Georges d'Alfama, etc.

6.1 Le début de la Reconquête

La véritable reconquête chrétienne commença en 1212, alors que, sous le  commandement du roi Alphonse VIII de Castille (1155-1214), une grande armée de coalition regroupant des Portugais, des Aragonais, des Castillans, des Léonais, des Navarrais et des Français, se rassembla à Tolède, au sud de Madrid. De là, les troupes chrétiennes avancèrent jusqu'au royaume musulman de Grenade (l'Andalousie actuelle) en accumulant d’importantes victoires. L'affrontement final entre les armées chrétiennes et musulmanes se produisit à Las Navas de Tolosa (aujourd'hui dans la province de Jaén en Andalousie), où les chrétiens remportèrent leur plus éclatante victoire. La Reconquête était commencée et elle ne devait se terminer qu'en 1492 à Grenade. Pendant deux siècles, les chrétiens allaient profiter de l'émiettement des forces musulmanes et des rivalités entre les seigneurs musulmans pour poursuivre la Reconquête, car le royaume de Grenade résista longtemps. Néanmoins, les chrétiens, surtout en Navarre, au León et en Castille, continuèrent de s’affronter entre eux dans des guerres incessantes pour déterminer leurs propres frontières, ce qui ne pouvait que favoriser les Maures. En effet, ces luttes intestines permirent au royaume de Grenade de consolider son pouvoir durant deux cents ans, sinon de l'étendre aux dépens des chrétiens.

6.2 Le rôle du Portugal dans la Reconquête

Au Portugal, les règnes des successeurs d'Alphonse Ier de Portugal poursuivirent son œuvre d'expansion et entreprirent de repousser les Maures (musulmans) dans le Sud. Le roi du Portugal, Alphonse II le Gros (1211-1223), qui avait participé, avec la France et Alphonse VIII de Castille, à la bataille décisive de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212) contre les Maures, permit aussi la tenue des premiers Cortes portugais, soit une assemblée composée de représentants de la noblesse et du clergé. Puis Alphonse III le Boulonnais (1248-1279) reprit l'Algarve (1249) au sud et donna au Portugal ses frontières actuelles (1300). En 1267, le traité de Badajoz, signé entre Alphonse III et Alphonse X de Castille, fixa les frontières entre les deux royaumes. En raison du développement rendu possible par le butin de la Reconquête et la longue période de stabilité qui suivit, le Portugal connut avec Denis Ier (1261-1325), Alphonse IV (1291-1357), Pierre Ier (1320-1367) et Ferdinand Ier (1345-1383) un important développement économique, démographique, technique, artistique et intellectuel. Denis Ier, fondateur de la première université du pays (1290), renforça encore le pouvoir royal en favorisant les activités économiques d’une bourgeoisie urbaine en plein essor.

6.3 La galicianisation

Après la Reconquête ibérique, les habitants du Nord, notamment les Catalans, les Aragonais et les Castillans, s'approprièrent progressivement les terres abandonnées par les musulmans. Les langues d’oc (ou langues occitanes) donnèrent naissance au gascon, au languedocien, au béarnais, etc., ainsi qu'au catalan qui leur est très apparenté. Vers le XIIe siècle, on peut dire que, grosso modo, le centre de la péninsule Ibérique était castillanisé, l’est et le nord était catalanisé, sauf au Pays basque où la langue basque s’était maintenue contre vents et marées.

Quant au nord-ouest, aujourd'hui la Galice et le nord du Portugal (voir la carte de gauche), il s’était «galicianisé» en galaïco-portugais, ce qui allait donner naissance au galicien, puis au portugais. La langue parlée au nord-ouest de la péninsule n'était pas encore uniforme, mais les divers parlers avaient déjà développé des formes communes et distinctes des autres parlers ibériques.

En outre, certains idiomes issus du latin se sont développés dans les zones intermédiaires tels que le léonais, une sorte de «variété de transition» entre le galicien et le castillan, et l’aragonais, qui se situerait entre le castillan et le catalan. Jusqu’au milieu du Xe siècle, le castillan n’était pas une langue plus importante que les autres, c’était même encore un obscur «dialecte» parlé dans le nord de la Péninsule.

7 L'avènement de la langue portugaise

La langue portugaise fut utilisée pour la première fois dans la rédaction de deux documents : Notícia do Torto ("Observation de Tors"), vers 1211, et le Testamento de D. Afonso II ("Testament de D. Afonso II"), en 1214. La frontière politique qui s'est fixée définitivement entre le Portugal et la Galice produisit peu à peu ses effets sur la langue utilisée dans l'ouest de la péninsule Ibérique. Le Portugal demeura alors coupé de ses racines galiciennes et subit des influences différentes du galicien. Ainsi, alors que le galicien du Nord (galaïco-castillan) commençait à être colonisé par l'Espagne et empruntait massivement au castillan, le galicien du Sud (galaïco-portugais) subit plutôt l'influence de l'arabe. Si beaucoup de musulmans émigrèrent pour échapper aux chrétiens, la plupart d'entre eux avaient dû rester sur place. Le sud du Portugal rassembla des populations très différentes: des chrétiens du Nord et du Sud, des Mozarabes (chrétiens arabisés), des Maures et des Juifs. Avec le temps, ces populations se sont mélangées et les cultures galaïco-portugaise et lusitano-mozarabe se sont fondues peu à peu. Plus tard, alors que la région était soumise à la dynastie des ducs de Bourgogne et à l'influence des moines de Cluny (célèbre abbaye française de Bourgogne), le galicien du Sud emprunta une partie de son vocabulaire au français.

7.1 L'officialisation du portugais


Roi Denis Ier

En 1290, après avoir terminé la Reconquête ("Reconquista") portugaise, le roi Denis Ier (1261-1325), surnommé le «roi troubadour», décréta que la «langue vulgaire» (le galaïco-portugais parlé) pouvait être utilisé en lieu et place du latin à la cour; il la nomma «portugais» ("português"). Ainsi, le roi du Portugal a adopté une langue propre pour son royaume, à l'exemple de son grand-père Alphonse XI le Sage, roi de Castille et de León (1252-1284), qui avait adopté le castillan. En 1296, le portugais fut utilisé officiellement par la chancellerie royale et commença à être employé dans la poésie ainsi que par les notaires et les juristes dans l'élaboration des lois. La publication de la Cancioneiro Geral par Garcia de Resende en 1516 est considérée comme le point de repère de la fin du «vieux portugais». La normalisation de la langue portugaise commença en 1536, avec la création des premières grammaires par les grammairiens Fernão de Oliveira (1507–1581) et João de Barros (vers 1496 - 1570). En 1540, João de Barros, fonctionnaire de la Couronne et trésorier de la Casa da India, publia la Gramática da Língua Portuguesa ("Grammaire de la langue portugaise") et divers dialogues destinés à favoriser l'enseignement de la langue maternelle portugaise.

7.2 La normalisation du portugais

Les recherches en philologie portugaise servirent à répandre l'usage d'une orthographe étymologique dans la justification des mots vernaculaires au moyen de racines grecques ou latines, qu'elles soient réelles ou imaginaires. Duarte Nunes de Leão (Évora, 1530? — Lisbonne, 1608), un pionnier dans l'étude de l'orthographe portugaise fut en 1576 l'un des ses théoriciens. Le développement de la presse contribua à rendre les nouvelles orthographes, notamment les mots en ch, ph, rh, th et y, dans les termes d'origine grecque (archaico, phrase, rhetorica, theatro, estylo, etc.) et les termes en ct, gm, gn, mn, mpt dans les mots d'origine latine  (aucthor, fructo, phleugma, assignatura, damno, prompto), y compris les fausses étymologies, comme tesoura écrit thesoura.

Le sud du Portugal abrita une population sous l'influence d'une civilisation brillante et raffinée, alors que le nord du pays comptait des guerriers et des paysans à la vie rude et austère. Cet ensemble hétéroclite entraîna ce qu'on peut appeler le «particularisme portugais».

7.3 La séparation du galicien et du portugais

Le terme «portugais» (portuguese) remplaça définitivement celui de galego pour désigner la langue parlée par les Portugais, ce qui scella la fragmentation du galego en deux langues. Dans les siècles qui suivirent, les Galiciens du Nord furent de plus en plus influencés par le castillan qui imprégna massivement leur langue. En définitive, le galicien et le portugais devinrent deux langues différentes, bien que de nombreuses similitudes puissent subsister. En effet, le portugais et le galicien contemporains partagent un grand nombre de mots communs et possèdent des grammaires très proches l'un de l'autre, ce qui rend l'intercompréhension relativement aisée.

20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 01:30

4 La période arabo-musulmane (711-1492)

Après avoir pénétré dans la péninsule Ibérique en 414 comme fédérés de l'Empire romain, les Wisigoths avaient fondé un royaume avec Toulouse comme capitale, puis Tolède, après avoir été battus par les troupes de Clovis, roi des Francs, lors de la bataille de Vouillé en 507; les Wisigoths ont alors été contraints de laisser un vaste territoire aux Francs, le midi de la France.  En 575, les Wisigoths conquirent le royaume des Suèves situé dans le nord du Portugal et l'actuelle Galice.

Quelque deux siècles plus tard, en Hispania, les Wisigoths furent chassés à leur tour en 711 par les Maures débarqués à Gibraltar. Ces conquérants installés d'abord au sud de la péninsule Ibérique n'étaient pas des Arabes, mais des Berbères islamisés venus du Maroc et de la Mauritanie (d'où le nom de «Maures»); les troupes maures étaient constituées de guerriers berbères, alors que seuls les chefs et les officiers étaient arabes. En ce sens, on peut parler de conquête arabo-musulmane. Celle-ci se terminera en 1492 par la victoire des troupes de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille à Grenade sur les musulmans menés par le sultan Boabdil.

4.1 Précision des notions

Aujourd'hui, le mot «musulman» sert à désigner les adeptes de l'islam. Toutefois, le mot «musulman» ne fut employé en français qu'au XVIe siècle; le mot «islam» ne fut attesté qu'en 1697. À l'époque de l'occupation musulmane, les mots muçulmano et Islãm n'étaient pas davantage connus en portugais (lequel n'existait pas encore), ni en castillan. C'était alors l'époque romane, d'où surgiront plus tard le castillan et le galaïco-portugais, l'ancêtre du portugais et du galicien. Les termes employés couramment pour désigner la religion de l'islam étaient, selon les langues d'aujourd'hui en français la «loi de Mahomet» ou «loi des Sarrasins»; en espagnol la "Ley de Mahoma" ou la "Ley de los Sarracenos"; en portugais la "Lei de Muhammad" ou la "Lei dos Sarracenos"). Ceux que l'on désigne comme des «musulmans» ("Muçulmanos" en portugais) étaient nommés par les termes «Maures» ou «Sarrasins» ("Mouros" ou "Sarracenos" en portugais).

En principe, le terme Maure (du latin "Mauri") servait à désigner les Berbères d'Afrique du Nord, des Africains censés venir de la Mauritanie, le «pays des Maures». Quant au mot «Berbère», il s'agit à l'origine d'un mot employé par les Romains pour nommer les «Barbares», lui-même issu du grec βάρßαρος (ou bárbaros) signifiant «étranger»; le mot sera modifié par la suite en «Berbère». À partir du VIIIe siècle, le terme «Maure» sera synonyme de toute personne pratiquant la «religion de Mahomet», ce qui désignera tout musulman (même si ce mot n'existait pas encore) vivant en Hispania, qu'elle soit d'origine berbère, arabe ou ibérique.

Il existe aussi un autre terme pour désigner les Maures: Sarrasins. Ce mot d'origine latine, "Sarraceni", servait à désigner les Arabes venant de l'Orient. D'ailleurs, en arabe, le mot "sarqîyîn" signifie «habitants du désert». Mais les habitants de l'Hispania favorisèrent "Moros" ou "Mouros", alors que les habitants du royaume de France privilégièrent «Sarrasins» (attesté seulement en 1100). Bref, les mots «Arabes», «Maures» et «Sarrasins» étaient souvent synonymes. Aujourd'hui, les termes «Maures» et «Sarrasins» ont été pratiquement oubliés, mais les Occidentaux continuent d'employer faussement comme synonymes les mots «Arabes» et «musulmans», alors que ces mots ne sont pas équivalents: d'une part, les musulmans ne sont pas tous arabophones, d'autre part, les arabophones ne sont pas tous musulmans

Au final, lorsque, dans le cadre de cet article, les mots «musulmans» et «islam» sont employés, il faut se souvenir que ces mêmes mots n'existaient pas à l'époque de la conquête arabe en Hispania.

4.2 La Conquête musulmane

En avril 711, un contingent d'environ 12 000 soldats, pratiquement tous berbères, commandés par le gouverneur de Tanger, Tariq ibn Ziyad, débarqua à Gibraltar pour commencer la conquête des royaumes chrétiens de l'Hispania.  L'invasion arabe poursuivait en principe un objectif religieux: celui de répandre la religion de l'islam en Europe, mais le pillage faisait aussi partie des «récompenses». Pour cette raison, l'antagonisme hispano-roman et arabo-musulman devint une lutte entre deux civilisations, le monde chrétien, d'une part, le monde musulman, d'autre part, les uns et les autres se traitant d'«infidèles».

Rapidement, les guerriers maures prirent Séville, Ecija et Cordoue, la capitale. Tout le Sud était acquis dès cette même année, puis vinrent la Catalogne en 712, le royaume de Valence et celui d'Aragon en 714. En 1716, dans la dernière phase de leur campagne militaire, les Maures atteignirent le nord-ouest de la péninsule, l'actuelle Galice, où ils réussirent à prendre possession des villes de Lugo (Galice) et de Gijón (Cantabrie). Les Maures s'approprièrent toute la péninsule Ibérique en moins de cinq années, sauf les îles Baléares qui résistèrent durant près de deux siècles (jusqu'en 903). L'empire des Wisigoths fut complètement anéanti par les Maures.

En 718, les Arabes franchirent les Pyrénées et envahirent le Languedoc, puis se rendirent jusqu'à Nîmes en Provence, d'où ils ramenèrent en Hispania un grand nombre de captifs. La progression arabe ne fut arrêtée qu'en 732 à Poitiers (France) par Charles Martel (vers 690-741), le souverain du royaume des Francs. Mais pendant trois cents ans, la France allait être attaquée par les Maures, qui seront appelés «Sarrasins», mot attesté pour la première fois en français en 1100. Il faudra deux siècles de guerres acharnées, des milliers de constructions détruites, des ravages et des épidémies innombrables, pour mettre fin à l'occupation musulmane en France et dans la péninsule Ibérique.

Pendant que les Maures de l'Hispania franchissaient les Pyrénées en 718, le chef wisigoth Pélage (ou "Pelayo"), réfugié avec une petite armée dans les montagnes du nord de la péninsule, fomenta une révolte contre les autorités musulmanes de Gijón (Cantabrie). Il tendit une embuscade au détachement militaire du nord de la péninsule, lequel fut décimé lors de la bataille de Covadonga en 722. Bien que cette victoire chrétienne fut avant tout symbolique, car elle n'impliquait que quelques centaines de soldats berbères, elle permit au royaume des Asturies de rester indépendant du califat de Cordoue. Pélage devint le premier roi des Asturies et fut surnommé «el  Restaurador», c'est-à-dire le restaurateur, celui qui répare.

Par la suite, les Asturies demeurèrent le grand foyer de résistance chrétienne autour d'Oviedo contre la domination musulmane dans toute l'Hispania. En somme, parce que la frange nord de l'Hispania se libéra des Maures en 722, la péninsule Ibérique ne fut jamais entièrement occupée par les musulmans. Lorsque ces derniers prirent les Baléares en 903, le royaume des Asturies, comprenant alors le Pays basque, la Cantabrie, les Asturies et une partie de la Galice, était déjà indépendant. 

Les musulmans désignèrent en arabe le territoire conquis comme l'Al-Andalus, l'Espagne musulmane ("España musulmana"), qu'ils gouvernèrent durant cinq cents ans dans le cas du Portugal et huit cents ans dans le cas de l'Espagne. En 716, apparut pour la première fois sur une pièce de monnaie le terme al-Andalus, lequel donnera Andalucía en espagnol, Andaluzia en portugais et Andalousie en français. Au début de la conquête, les Arabes étaient fort peu nombreux par comparaison aux populations autochtones, car les troupes maures étaient constituées de guerriers berbères, alors que seuls les chefs et les officiers étaient arabes. Au Xe siècle, l'Al-Andalus devint un foyer de haute culture et attira un grand nombre de savants. La ville de Cordoue devint aussi la plus grande ville d'Europe, qui brilla par son essor scientifique et artistique. Les Arabes divisèrent l'Al-Andalus en un grand nombre de petits territoires nommés taïfas : taïfa d'Almeria, taïfa d'Arcos, taïfa de Badajoz, taïfa de Majorque, taïfa de Béja et d'Evora, taïfa de Cordoue, taïfa de Grenade, etc. Ces taïfas étaient généralement classées d'après l'origine ethnique de leur dirigeant, chef ou émir : il y avait des taïfas berbères, des taïfas arabes, etc. Les taïfas se faisaient fréquemment la guerre entre elles.

Le califat de Cordoue (viiie-xe siècle), fondé en 756, connut son apogée sous Abd al-Rahmān III (912-961). Les chrétiens de la péninsule se réfugièrent dans les royaumes restés indépendants au nord (les Asturies, le Léon, l'Aragon et les Pyrénées), tandis que la religion et la civilisation musulmanes s’implantaient rapidement dans le reste de la péninsule. C'est surtout dans le sud de l'Hispania que l'influence arabe s'est fait sentir davantage.

Après l'invasion de la péninsule, la langue arabe fut adoptée comme langue administrative dans les régions conquises. Presque toute la péninsule connut une forte arabisation, en raison d'abord de l'immigration, puis aussi à cause de l'influence du Coran, le livre sacré de la nouvelle religion, qui devait être lu en arabe. L'occupation musulmane favorisa la dispersion et le repli des chrétiens vers le nord, mais aussi le morcellement du roman qui se fragmenta en castillan, en andalou, en catalan, en navarrais, en aragonais, en asturo-léonais, en galaïco-portugais, etc. Les zones les plus arabisées furent l'Andalousie (l'Al-Andalus) et le centre de l'Espagne jusqu'à la vallée de l'Èbre au nord-est, qui ont constitué l'Al-Ándalus (l'Espagne arabe).

4.3 L'influence de l'arabe en galaïco-portugais

Malgré les nouveaux changements politiques et économiques, malgré les innovations culturelles et scientifiques introduites par les conquérants musulmans, les populations autochtones de la péninsule continuèrent à parler leur langue locale tout en empruntant des mots d'origine arabe ou mozarabe. C'est dans le lexique que la langue arabe exerça la plus grande influence : le portugais moderne enregistre environ 1000 mots d'origine arabe (contre quatre à cinq fois plus en castillan), surtout dans les domaines de l'agriculture, du commerce et de l'administration, le tout sans contact avec les autres langues romanes, sauf pour le castillan. L'influence de l'arabe fut beaucoup plus faible en galicien.

Beaucoup de mots portugais d'origine arabe sont facilement identifiables par les préfixes al- (correspondant à l'article défini arabe [o]) ou od- (signifiant «fleuve»), bien que celles dans lesquelles al- ne forme pas une syllabe puissent avoir une racine distincte (cas d'Alentejo ou Alexandre). Voici quelques exemples de mots portugais d'origine arabe: açúcar («sucre»), alface («laitue»), laranja («orange»), arroz («riz»), alfândega («coutumes»), armazém («magasin»), bairro («district»), almanaque («almanac»), álgebra («algèbre»), almirante («amiral»). L'influence arabe est aussi visible dans les toponymes arabes au Portugal, principalement dans le sud du pays, de tels comme Algarve et Alcácer Sal et Odemira. Et ces mots ont été assimilés au fur et à mesure que la Reconquête a progressé au centre-sud du Portugal.

Le nom de «Portugal» tire son origine du port situé à l'embouchure du Douro, Portucalem, signifiant «port de Cale», une association de Portus, future ville de Porto, et de Calem, future Vila Nova de Gaia. Le territoire, confié à l'autorité d'un comte, prit le nom de Terra portucalensis (littéralement «pays de Portucale»). Les autres régions plus au sud, qui devaient constituer plus tard le Portugal demeurèrent beaucoup plus influencées par la présence arabe. Cependant, les Maures abandonnèrent très tôt (en 861) la région occidentale de la péninsule située entre les fleuves Douro et Minho, ce qui est aujourd'hui la partie nord du Portugal.

La région au nord du Douro fut reconquise par les chrétiens qui y ont établi de nouveaux royaumes. Cette région devint relativement autonome et forma le «comté de Portugal» appelé le "Condado de Portucale", lequel demeura sous la juridiction du royaume de León ou du royaume de Galice.

Au plan linguistique, les dialectes mozarabes couvraient au Xe siècle la plus grande partie de la péninsule ibérique. Il s'agissait de langues romanes grandement influencées par l'arabe et dont l'écriture était en alphabet arabe. Ce sont surtout les Andalous qui parlaient cette langue mozarabe appelée aussi l'aljamiado. Ce n'était pas une langue unifiée, car elle était fragmentée en de nombreuses variétés.

Les Mozarabes étaient considérés par les Arabes comme une communauté (chrétienne) repliée sur elle-même et imperméable à toute influence de l'islam. Les Andalous continuèrent d'utiliser le latin (en alphabet arabe) dans leurs cérémonies religieuses et l'utilisèrent comme un emblème de distinction privilégié du christianisme en terre d'Islam ibérique. Dans la vie quotidienne, les Mozarabes étaient en grande partie arabisés, même s'ils avaient rejeté l'islam.

Dans la péninsule Ibérique, le castillan demeurait alors une langue dont l'aire linguistique était fort limitée, et ne comptait pas davantage que le galaïco-portugais, l'asturo-léonais, le basque, le navarro-aragonais et le catalan. Voir à ce sujet la carte linguistique telle qu'elle pouvait se présenter au milieu du Xe siècle.

20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 01:26

Brève histoire du Portugal
et de sa langue

Remarque: les débuts de l'histoire du Portugal se confondent avec celle de l'Espagne. C'est pourquoi les premières parties de cet article sont identiques (cf. Brève histoire linguistique de l'Espagne et de ses régions) jusqu'à ce que l'Espagne et le Portugal forment deux entités politiques distinctes au XIIe siècle.

Plan de l'article
 

1 Les premiers peuples

1.1 Les Ibères
1.2 Les Celtes
1.3 Les Basques et les autres peuples

2 La période romaine

2.1 La latinisation des populations
2.2 Le latin populaire

3 Les invasions germaniques

3.1 La diversité des royaumes germaniques
3.2 La formation des langues romanes
3.3 Les conséquences linguistiques en galaïco-portugais

4 La période arabo-musulmane (711-1492)

4.1 Précision des notions
4.2 La conquête musulmane
4.3 L'influence de l'arabe en galaïco-portugais

5 La naissance du royaume portugais

6 La Reconquête chrétienne

6.1 Le début de la Reconquête
6.2 Le rôle du Portugal dans la Reconquête
6.3 La galicianisation

7 L'avènement de la langue portugaise

7.1 L'officialisation du portugais
7.2 La normalisation du portugais
7.3 La séparation du galicien et du portugais

8 L'empire colonial du Portugal

8.1 Les grandes découvertes
8.2 La concurrence du castillan
8.3 L'expansion coloniale portugaise

9 Le déclin de l'Empire portugais

9.1 L'Union ibérique (1580-1640)
9.2 La monarchie constitutionnelle

10 La République portugaise

10.1 La dictature de Salazar
10.2 La révolution des Œillets et la politique socialiste
10.3 La Communauté des pays de langue portugaise

1 Les premiers peuples

Plusieurs peuples s'installèrent dans la péninsule Ibérique dès l'Antiquité. Mentionnons les Ibères, les Phéniciens, les Celtes, les Basques et les Carthaginois, sans oublier les Grecs et les Romains. Ceux qui laissèrent les traces les plus profondes furent sans contredit les Romains, car ils y ont laissé des peuples de langue romane et une religion, le christianisme. Le seul peuple qui habitait la région dans l'Antiquité et qui existe encore aujourd'hui, ce sont les Basques. 

1.1 Les Ibères

Dès l’époque néolithique, soit vers le VIe millénaire, un peuple aux origines encore mystérieuses, les Ibères, s’installèrent en Europe occidentale. Certains historiens croient que les Ibères seraient originaires de la région de l'Èbre, alors appelé Iberus, tandis que d'autres affirment qu'ils seraient arrivés d'Afrique du Nord entre 4000 et 3500 avant notre ère. On sait cependant avec certitude que, vers l'an 3000, les Ibères avaient gagné la péninsule Ibérique pour s'y établir le long de la Méditerranée (voir la carte). Ils formaient plusieurs peuples, dont les Lacetani, les Sordones, les Indigetes, les Hercavones, les Edetani, les Contestani, etc. Leur langue, l'ibère (avec ses nombreuses variétés dialectales), une langue préindo-européenne, est attestée dans des inscriptions qui n’ont pas encore été déchiffrées. Cette langue autochtone devait progressivement s'éteindre vers le Ier ou le IIe siècle de notre ère, pour être remplacée graduellement par le latin et, plus tard, par les langues romanes.

Au IIe millénaire, les côtes méditerranéennes furent occupées par les Phéniciens et les Grecs. Ce sont les Grecs qui ont désigné la péninsule Iberia (en français: Ibérie), sans doute en souvenir des premiers occupants, les Ibères.

1.2 Les Celtes

Vers l’an 1000, des vagues d’immigrants venus de la Germanie et de la Gaule, les Celtes, arrivèrent par le nord et s’établirent dans la vallée de l’Èbre, à l’ouest de la région occupée par les Aquitains et les Ibères, ce qui correspond aux régions actuelles de la Castille-La Manche, la Castille-et-León, les Asturies, la Galice et le Portugal. À l'instar des Ibères, les Celtes étaient composés de nombreux peuples: les Gallaeci, les Astures, les Vaccaei, les Carpetani, etc. Parmi ceux-ci, les Lusitani (ou Lusitaniens en  français) et les Vettones (ou Vettons en français) sont arrivés avant tous les autres; on les qualifie de «peuples préceltiques». Les Lusitaniens furent à l'origine de l'identité des Portugais. On croit aussi que les Ligures ont peut-être également occupé la péninsule avant l’arrivée des Celtes. Par la suite, Celtes et Ibères ont coexisté et se sont mélangés en formant le fond celtibère de la population de la péninsule. Les Celtibères parlaient des variétés de langues celtiques de type archaïque; c'étaient des langues relativement différentes des variétés gauloises parlées au nord de la Péninsule, en Gaule (aujourd'hui la France). Ils ont laissé des traces dans plusieurs noms de lieux comme Berdún, Salardú, Navardún ou au Portugal Conimbriga.

1.3 Les Basques et les autres peuples

Au nord, les Aquitani (ou Aquitaniens), des Proto-Basques, furent les ancêtres des Basques actuels. Présents avant l'arrivée des Celtes, les Proto-Basques descendraient des habitants de l'époque préhistorique. L'origine de cette langue préindo-européenne est encore largement inconnue et elle se confond avec celle du basque.

Dans l'actuelle Algarve, donc au sud du Portugal actuel, vécurent les Turdetani (ou Turdétaniens), un peuple ibère, mais existaient aussi dans l'actuelle Andalousie (sud de l'Espagne) les Tardessos (ou Tartessiens), lesquels parlaient des langues différentes de leurs voisins, probablement des langues apparentées au berbère, donc des langue de type chamito-sémitique.

Au cours du Ve siècle, les Carthaginois venus de l’Afrique du Nord étendirent leur domination dans le sud de la péninsule Ibérique; ils liquidèrent les Turdétaniens et les Tartessiens. Dès le IIIe siècle avant notre ère, les Carthaginois entrèrent en conflit permanent avec les Romains qui n’écrasèrent leurs ennemis qu’en 201 avant notre ère. La civilisation carthaginoise fut définitivement évincée lors de la victoire de Rome et la destruction de Carthage (en Tunisie) en -146, après un siège de quatre ans.

2 La période romaine

Débarrassée de sa grande rivale, Carthage, Rome entreprit l'expansion de son empire, qui devait se poursuivre dans la péninsule Ibérique. Au cours de la deuxième guerre punique (218-202 avant notre ère), les Ibères accueillirent d'abord avec satisfaction les troupes romaines du général Scipion l'Africain (235-183 av. notre ère), afin de se libérer de la domination carthaginoise. Mais, devant la politique coloniale répressive des Romains, les Ibères se ravisèrent. C'est pourquoi les Romains connurent certaines difficultés pour imposer la «pax romana» dans toute la péninsule Ibérique, qu'ils nommèrent Hispania, un mot issu du phénicien ("i-shepan-im") latinisé en "I-span-ya" signifiant «terre des lapins», car la péninsule Ibérique était reconnue pour l'abondance de ses lapins. Au cours des siècles, le mot Hispania (en français: Hispanie) allait évoluer pour devenir España ("Espagne").

2.1 La latinisation des populations

La romanisation complète de la péninsule prit deux cents ans. Elle se fit par étape, en partant de l'est vers l'ouest (voir la carte de gauche). Les Romains occupèrent le Nord-Est en -218 et assujettirent quelques peuples ibères (Sordones, Ausetani, Indigetes, Laietani). En l'an -197, tous les autres Ibères (Cessetani, Ilercavones, Edetani, Contestani, Bastetani, etc.), c'est-à-dire ceux qui habitaient le long de la Méditerranée, passèrent sous le joug romain. En 157 avant notre ère, ce fut le tour des Lusitaniens et des Vettons, puis des Vaccéens en -133 et enfin des Galiciens ("Gallaeci") en -29.

La romanisation fut plus rapide au sud-est, soit en Hispania citerior (au sud de l’Èbre ou rio Ebro). Les habitants, notamment les Bastetani, les Turdetani, les Carpetani et les Celtibères, abandonnèrent rapidement, après une quarantaine d'années, leur langue pour parler le latin. Dans le Nord, région que les Romains appelaient alors l’Hispania ulterior (la Galice, le Pays basque et le Portugal actuels), c'est-à-dire l’«Espagne lointaine», la résistance fut farouche de la part des Lusitaniens, des Vettons, des Vaccéens et des Galiciens, car les Romains ne «pacifièrent» cette région qu’en l'an 29 avant notre ère.

C'est évidemment dans les Baléares (à l'extrémité orientale) que la latinisation (ou romanisation) se fit le plus rapidement, alors que c'est en Galice et dans les Asturies qu'elle eut lieu le plus tardivement. Non seulement la latinisation se fit progressivement d'est en ouest, mais elle ne se déroula pas au même rythme entre les habitants du Nord et ceux du Sud; certaines populations du Nord se latinisèrent parfois plus tardivement, soit à la fin du IIIe siècle de notre ère. Par la suite, toute la péninsule Ibérique se latinisa, à l’exception des Basques qui continuèrent à parler leur langue, malgré les pressions exercées par les Romains. Quant à la langue ibère, elle disparut définitivement, absorbée par le latin au cours des six siècles de l'occupation romaine.
 

L’Hispania romaine fut organisée et divisée en trois provinces: la Bétique (ou Baetica) au sud, la Lusitanie (Lusitania) au sud-ouest et la Tarraconaise (Tarraconensis) dans le reste de la Péninsule. Par la suite, furent ajoutées la Carthaginoise (Carthaginensis) sous la juridiction de la Tarraconaise et, au VIe siècle, la Béarique ou Balearica (îles Baléares). 

Étant donné que l’Hispania était située à l’extrémité de l’Empire romain, donc plus isolée, le latin parlé dans ces provinces demeura généralement plus archaïsant et moins ouvert aux innovations linguistiques venues de Rome.

D’ailleurs, beaucoup de formes latines anciennes furent conservées plus tard en castillan et en portugais. Par exemple, le vieux mot latin mensa («table») a donné mesa en castillan et en portugais, mais il a été abandonné en Catalogne, en Gaule et en Italie pour un nouveau mot, tabula, devenu taula en catalan, table en français et tavola en italien. On pourrait multiplier les exemples de ce genre, lesquels témoigneraient, comparativement au reste du monde romanisé, de l’évolution un peu différente du latin dans l’ancienne Hispania

2.2 Le latin populaire

La langue latine parlée par les populations ibéro-romanes ne correspondait guère au latin classique écrit, celui par exemple utilisé par le poète Virgile ou l'orateur Cicéron. Les Ibéro-Romans parlaient le latin dit «vulgaire» (de vulgus : qui signifiait «peuple»), un latin bien différent de celui des siècles précédents. C'était ce qu'on a appelé aussi le latin populaire, c'est-à-dire celui des colons, des soldats, des petits commerçants, etc., avec ses variations locales, en tenant compte des influences linguistiques des différents peuples qui composaient l'Empire. La romanisation a d'abord touché les villes, puis a gagné les zones rurales après une période plus ou moins longue de bilinguisme provisoire. Affranchie de toute contrainte, favorisée par le morcellement féodal et soumise au jeu variable des lois phonétiques et sociales, cette langue latine dite «vulgaire» ou «populaire» se développa librement sur un très vaste territoire. Elle prit, selon les régions, des formes les plus variées. Dans l'ouest de la péninsule, ce latin populaire s'est mélangé avec la langue lusitanienne préceltique, ce qui lui donna une couleur particulière et aboutira au galaïco-portugais.

Finalement, les populations ibériques firent plus que se latiniser, car vers le IIe siècle de notre ère, elles s'étaient aussi toutes christianisées. Ainsi, les peuples autochtones n'adoptèrent pas seulement la langue latine, mais également la culture romaine et, plus tard, la religion (le christianisme).

3 Les invasions germaniques

Les invasions «germaniques» commencèrent en 375 par l'arrivée des Huns, un peuple d'Asie centrale dirigé par Attila (395-453), dans l'est de l'Europe centrale. Comme par un effet de dominos, les Huns repoussèrent d'autres peuples, essentiellement germaniques, vers l'ouest. Les Huns boutèrent les Ostrogoths et les Suèves qui, à leur tour, refoulèrent les Wisigoths, les Vandales, les Alains, les Francs, les Alamans, les Lombards, les Saxons, les Angles, etc., vers l'Ouest. Les invasions germaniques se multiplièrent à un point tel qu'elles mirent en péril l'Empire romain. Ces peuples furent appelés par les Romains «barbares», d'où l'expression «invasions barbares», car ils venaient de l'extérieur de l'Empire romain, c'est-à-dire dans le Barbaricum, la «terre des Barbares». Aujourd'hui, dans les pays de langue germanique, on utilise plutôt le mot Völkerwanderung qui signifie «migration des peuples».

En Hispania, territoire situé à l'ouest de l'Europe, ces invasions ne débutèrent qu'en 409 avec les Vandales, puis elles furent suivies par les Suèves, les Alains et les Wisigoths.  En 410, les Suèves s'installèrent en Galice; en 412, les Wisigoths, devenus alliés des Romains, refoulèrent les Vandales en Bétique et dans les Baléares, les Alains en Lusitanie. Seuls les Basques conservèrent leur identité en raison de leur isolement dans les montagnes; ils réussiront à fonder un royaume distinct avec comme capitale Pampelune.

Au milieu du Ve siècle, les Wisigoths occupaient déjà toute la péninsule Ibérique ainsi que le sud de la France, soit de Gibraltar jusqu’à Toulouse, ville retenue comme capitale de l'Empire wisigoth. Dans la péninsule Ibérique, l’unification du territoire wisigoth fut assurée lorsque la capitale se fixa à Tolède, beaucoup plus au sud, après avoir cédé l’Andalousie aux Byzantins (556).

3.1 La diversité des royaumes germaniques

À la fin du Ve siècle, l'Empire romain d'Occident se trouvait morcelé en une dizaine de royaumes germaniques (voir la carte historique) : les Ostrogoths étant installés en Italie et dans le Monténégro et la Serbie actuels, les Wisigoths occupaient l'Espagne et le sud de la France, les Francs avaient pris le nord de la France et de la Germanie, les Angles et les Saxons avaient traversé en Grande-Bretagne, les Burgondes avaient envahi le centre-est de la France (Bourgogne, Savoie, Suisse romande actuelle), les Alamans étaient refoulés en Helvétie, les Suèves en Galice et une partie du Portugal, alors que les Vandales avaient conquis les côtes du nord de l'Afrique et s’étaient rendus maîtres de la mer Méditerranée par l'occupation des Baléares, de la Corse et de la Sardaigne. Tous ces empires s'écrouleront rapidement, sauf pour l'empire des Francs (en France).

Le royaume suève fut finalement intégré en 585 à celui du roi wisigoth, Léovigild, réalisant ainsi l'unité politique des Wisigoths. Les Wisigoths, sous le règne du roi wisigoth Recarède Ier, se convertirent au catholicisme en 589 et se mélangèrent aux Ibéro-Romans, créant ainsi une sorte de fusion entre les envahisseurs et les peuples conquis. Les invasions germaniques eurent pour effet de faire disparaître toute l'administration de l'État romain. Toutefois, l'organisation ecclésiastique réussit sans peine à se maintenir ; elle avait été adoptée dès le Ve siècle par les Suèves, puis par les Wisigoths. L'Église chrétienne devint ainsi un important instrument de stabilité au cours de cette période de germanisation. Évidemment, les différences linguistiques propres à l’Hispania s’accentuèrent avec les invasions germaniques.

3.2 La formation des langues romanes

Les Wisigoths, comme plusieurs autres peuples germaniques, ne purent imposer leur langue, le wisigoth, déjà passablement romanisé dès le Ve siècle, et adoptèrent plutôt celle du vaincu, une langue qui n’était plus le latin d’origine, car celui-ci s’était déjà beaucoup transformé; ce n'était plus du latin, mais du roman, sauf au Pays basque où le basque, une langue préindo-européenne, s'est maintenu, protégé par les montagnes. En effet, étant donné que les écoles et l'administration romaines avaient disparu, le latin populaire avait perdu de son uniformité et évolué de manière différente dans les nombreux royaumes germaniques. Autour des années 600, le latin populaire n'était plus parlé dans la péninsule Ibérique; il avait été remplacé par la multiplicité des langues romanes. En Galice, le roman avait acquis des caractéristiques locales, ce qui allait le conduire à l'élaboration d'une forme de proto-portugais. Toutefois, le latin écrit, avec ses influences germaniques et romanes, est demeuré la langue véhiculaire, liturgique et juridique : ce fut le latin médiéval qu'on appelle aussi le «latin d'Église» ou «latin ecclésiastique», très éloigné du latin classique employé par le poète Virgile (au Ier siècle avant notre ère).

Évidemment, la langue romane de cette époque était fragmentée en une multitude d'idiomes distincts. Même s'ils étaient tous issus du latin commun, ils s'étaient tous fragmentés en un grand nombre de langues plus ou moins différentes selon les régions. Dans toutes les parties de l'ancien Empire romain d'Occident, les peuples germaniques (Wisigoths, Suèves, Francs, Ostrogoths, etc.) édifièrent leurs royaumes, alors que le latin populaire se transformait selon les régions pendant que les peuples autochtones élaboraient graduellement leurs langues particulières. Ainsi, sont apparues les innombrables langues indo-européennes originaires du latin, les langues romanes. Le règne des Wisigoths dura un peu plus d’un siècle, jusqu'à l'arrivée des Maures en Hispania.

3.3 Les conséquences linguistiques en galaïco-portugais

Bien que les Wisigoths, en raison de leur faible nombre, n'aient pu imposer leur langue, le wisigoth a laissé un certain nombre de mots dans la langue portugaise (en réalité dans le galaïco-portugais), comme dans les autres langues de l'Hispania, notamment dans l'onomastique, dans des noms comme Rodrigo, Afonso, Álvaro, Fernando, Gonçalo, Henrique, Adães ; dans des toponymes comme Guimarães, Gondomar, Ermesinde, Esposende, Tagilde, Tresmonde, Trasmil; dans le suffixe -engo et dans le vocabulaire de la poésie ou de la guerre: guerra («guerre»), elmo («casque»), bando («bande»), guardar («garder»), agasalhar («défendre»), etc. Il en est ainsi de la lettre [ç] appelée la cédille en portugais moderne dont l'origine vient de la lettre ʒ dans l'écriture wisigothe.

En raison des contacts souvent belliqueux avec les Wisigoths, la plupart des emprunts du galaïco-portugais (qui deviendra le galicien et le portugais) au wisigoth concernent le vocabulaire de la guerre:

albergue («refuge»)
anca («croupe»)
ardido («courageux»)
bando («édit»)
bandido («bandit»)
barão («baron»)
bastião («bastion»)
brida («bride»)
burgo («quartier»)
campo («campement»)
dardo («dard»)
despejar («piller»)
guisar («préparer»)
escarnir (< escarnecer : «ridiculiser»)
esgrima («escrime»)
esporão («éperon») 
espezinhar («piétiner»)
ganhar («gagner»)
gardar («surveiller»)
guiar («guider»)
espião («espion»)
indemnização
(«indemnisation»)
intrépido («intrépide»)
paga («paye»)
rapar («raser»)
roubar («voler»)
roupa («vêtement»)
talhar («détruire»)

D'autres mots concernent la vie quotidienne, plus particulièrement le commerce, l'agriculture, le logement, le vêtement, etc. : toldo («tente»), sala («salle»), banco («banc»), sabão («savon»), toahla («serviette»), ganso («oie»), feltro («feutre»), estofa («étoffe»), cofió («coiffe» ou «fez turc»), falda («jupe»), ataviar («attirer»), sopa («soupe»), roda («rouet»), parra («feuille de vigne»), marta («marte»), texugo («blaireau»), ganso («oie»), branco («blanc»), harpa («harpe»).

Nous pouvons remarquer que certains germanismes passés au portugais correspondent à des germanismes similaires non seulement en espagnol, mais aussi en français: bandit, baron, bastion, bride, camp, dard, escrime, éperon, gagner, garder, guider, espion, indemnisation, intrépide, etc. Les Gallo-Romans, comme les Ibéro-Romans, ont en effet emprunté de nombreux mots aux vainqueurs; même si ceux-ci ont tous fini par perdre leur langue dans les pays conquis, ils ont laissé des traces de leur langue. Il existe des emprunts germaniques de ce genre en portugais, en espagnol, en catalan, en occitan, en français et en italien.

30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 18:51
Mesquita= Mosquée
Colégio= Ecole collège
Lugar ou sala de culto= Lieu ou salle de culte
MESQUITA CENTRAL DE LISBONNE
 
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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 04:56

Le Portugal ne possède aucune unité naturelle. Raconter son histoire revient tout d'abord à expliquer comment la Péninsule ibérique, malgré un destin commun jusqu'au XIIe siècle, s'est divisée en deux. C'est expliquer comment ce territoire a su prendre et conserver son indépendance en dépit des tentatives permanentes d'unification de son puissant voisin. En effet, les Basques, les Catalans et les Galiciens, malgré une forte individualité, ont fini, eux, par rejoindre le royaume de Castille pour former l'Espagne moderne.

Préhistoire et antiquité pré-romaine [modifier]

Articles détaillés : Lusitanie, Ibères, Celtes et Culture des Castros.

Dès cette époque apparaissent des caractéristiques qui vont amener le pouvoir romain et ses successeurs à distinguer les populations présentes sur la péninsule et donc à créer différentes divisions administratives.

Les plus anciennes traces de civilisation au Portugal datent du Paléolithique : peintures et gravures rupestres des grottes d'Escoural (Alentejo), de Mazouco (Tras-os-Montes) et surtout de Vale de Côa, datées entre 22 000 et 10 000 ans avant J-C. La majorité de ces traces se trouvent au nord du Tage et témoignent de l'existence de peuples nomades vivant de chasse et de cueillette. C'est le règne de l'homme du Néanderthal qui trouve son ultime refuge dans le territoire de l'actuel Portugal avant d'être remplacé par l'homo sapiens.

Environ 10 000 ans avant J.-C., la Péninsule ibérique est habitée par des peuples autochtones connus plus tard comme les Ibères. Ceux-ci occupent surtout l'intérieur des terres. L'agriculture tend à fixer les populations.

Entre 4000 et 2000 avant J.-C., les terres correspondant au Portugal et à la Galice voient se développer une culture mégalithique originale par rapport au reste de la péninsule: elle se caractérise par son architecture funéraire et religieuse particulière et par la pratique de l'inhumation collective. On peut encore trouver dans le pays de nombreuses traces de cette religiosité même si la plupart sont concentrées dans l'Alentejo : le cromlech d'Almendres près d'Evora (le plus important alignement de menhirs d'Europe), ceux de Vale Maria do Meio ou de Portela de Mogos ainsi que le dolmen de Zambujeiro.

Le cromlech d'Almendres

L'âge du cuivre puis l'âge de bronze voient se développer des contacts maritimes entre le littoral atlantique et celui de la Bretagne et des îles Britanniques alors que le sud de la péninsule entretient des liens commerciaux avec la Méditerranée : des Grecs et des Phéniciens venus de l'actuel Liban ainsi que leurs descendants carthaginois y installent de petits comptoirs commerciaux semi-permanents. Le moteur de ce commerce est la richesse de la péninsule en métaux (or, argent, fer et étain). Les Phéniciens auraient ainsi fondé Lisbonne autour de l'an 1000 avant J.-C. La légende veut même que ce soit Ulysse qui ait donné son nom à la ville. Mais seul le site d'Abul, près d'Alcácer do Sal, demeure incontestable. Les premières communautés urbaines font leur apparition autour de 2600 avant J.-C.

Parmi les peuples ibères se trouvent les Tartessiens, qui occupent l'est et le sud de la péninsule autour du Guadalquivir. Cette puissante civilisation, fortement influencée par les Phéniciens et les Grecs avec qui ils font commerce de bronze et d'argent, disparaît avec l'arrivée des Carthaginois en 235 avant J.-C.

L'âge du fer voit arriver dans la région un peuple indo-européen, les Celtes, (autour de 1200 avant J.-C.) occupant bientôt le centre et l'ouest de la péninsule. Ils restent les mieux connus: ils vivent regroupés en petits noyaux de population isolés, établis sur les hauteurs avec des habitations circulaires (castros) et pratiquant l'agriculture et l'élevage. Chaque maison (150 environ) est défendue par une enceinte (comme on peut en voir dans la Citânia de Briteiros). On trouve aussi dans ces regroupements un édifice funéraire. Comme ils maîtrisent le fer, le travail de la terre devient plus efficace, les cueillettes augmentent, améliorant par la même les conditions de vie et la démographie[1].

Les tribus celtes et ibères se sont mêlées pour donner les peuples celtibères dont font partie les Lusitaniens et les Gallaeci. Plusieurs tribus différentes couvrent ainsi la péninsule avec chacune sa particularité. Elles vivent, en général, autour des montagnes et ne s'intéressent pas à la mer. On voit apparaître une différenciation sociale, avec des chefs locaux et une élite de chevaliers.

Les Lusitaniens occupent une partie du territoire actuel du Portugal. Possédant déjà une langue différente, ils s'émancipent peu à peu de la culture celte et s'étendent vers l'Estremadure.

Les Carthaginois ont débarqué dans la Péninsule au IIIe siècle av. J.-C. et en ont occupé la moitié sud. Ils sont venus attirés par ses ressources minières mais aussi par la réputation des guerriers ibères, un atout précieux face à Rome. Avec les Lusitaniens qui s'allient avec eux, ils formeront même la principale résistance à l'invasion romaine dans la péninsule.

La région est ainsi le point de rencontre de populations venues d'horizons différents sur lesquelles va se greffer la culture romaine.

Province romaine [modifier]

Articles détaillés : Lusitanie, Hispanie romaine et Empire romain.
L'Hispanie en 197 avant J.-C.
L'Hispanie en 13
L'Hispanie en 286

La civilisation romaine imprègne le pays d'autant plus fortement que la résistance aux troupes romaines est particulièrement intense en Lusitanie.

Vers le IIe siècle av. J.-C., dans le cadre de la deuxième guerre punique[2] (entre 218 et 201 avant J-C), Rome soumet la péninsule Ibérique, apportant ainsi sa contribution à la composition ethnique de la population portugaise moderne. Carthage avait précédé les Romains, soumettant certaines tribus ibères. L'objectif des troupes romaines des Scipions est de prendre les troupes carthaginoises à revers et surtout de les empêcher d'y préparer un assaut sur Rome. Les Carthaginois sont expulsés. Cet épisode évolue très vite en une occupation militaire destinée à maintenir l'ordre et à assurer l'exploitation des ressources naturelles. En 197 avant J-C, le territoire est divisé en Hispanie citérieure et Hispanie ultérieure.

La pacification se révèle difficile. Les Turdétans au sud et les Lusitaniens à l'ouest se rebellent régulièrement, infligeant de sérieuses défaites aux Romains et l'obligeant à y renforcer ses troupes. En 147 avant J.-C., Viriatus, un Lusitanien, prend la tête de la résistance à cette invasion. Si on considère les Lusitaniens comme les ancêtres des Portugais, on peut comprendre que Viriatus soit devenu le symbole de la première résistance nationale. Il mène la lutte contre les troupes de Rome sous la forme de guérillas, mais est défait et meurt en 139 avant J-C.

En 133 avant J-C, Rome soumet définitivement la péninsule et met fin à la civilisation castrale en contraignant la population à s'installer dans les plaines pour son unification. Cette politique est à l'origine des villes de Braga (Bracara Augusta), Chaves (Aquae Flavia) ou Beja (Pax Iulia).

Sous la dictature de Sylla à Rome, l'aristocratie péninsulaire demande le soutien du général romain dissident Sertorius. Celui-ci repousse les troupes de Sylla. Il semble que son but ait été de construire dans la péninsule une république indépendante et de civiliser ces populations (79 avant J.-C.). Il crée ainsi un sénat et surtout une école chargée d'éduquer les fils de bonnes familles pour former une élite. Cet épisode sans lendemain révèle pourtant l'esprit d'indépendance de ces populations.

Le territoire est pacifié et colonisé par Jules César autour de 60 avant J.-C.

Sous le règne d'Auguste, en l'an 13, a lieu un nouveau découpage du territoire : l'Hispanie Ultérieure est divisée en Lusitanie et Bétique, séparées par le fleuve Guadiana. Un nouveau découpage en l'an 286, sous le règne de Dioclétien, donne naissance aux provinces de Lusitanie (au sud du Douro), et de Gallécie, au nord du Douro.

Les frontières du futur Portugal seront plus ou moins calquées sur celles des conventus romains. Cela laisse penser que ces divisions correspondaient à des tribus, des villages différents, ou, du moins, à des réalités sociales différentes[3].

Une variante populaire du latin vulgaire devient la langue dominante de la région et remplace tous les dialectes parlés auparavant créant ainsi une certaine unité. Les Romains introduisent l´écriture, les écoles, de nombreuses notions scientifiques et la propriété privée alors inconnue. Ils diffusent leurs mœurs et leur culture, imposent un découpage administratif et une organisation sociale héréditaire avec des seigneurs et des serfs - dans la culture romaine, le travail est considéré comme dégradant, un noble ne travaille donc pas. Les Romains dessinent également des routes, créent des villes, développent la culture des céréales, la pêche, la production de vin et de sel.

Cette occupation modifie le paysage architectural et donne son visage méditerranéen au pays. Citons en exemple le temple de Diane d'Évora, le forum d'Auguste ainsi que de nombreux amphithéâtres, temples et thermes.

Invasions barbares [modifier]

Autour du Ve siècle, des peuples barbares d'origine germanique envahissent une péninsule ibérique au sein d'un Empire romain en plein effondrement.

Parmi ces envahisseurs se trouvent les Suèves et les Wisigoths, qui peuplent ce qui est aujourd'hui le territoire portugais. Les Vandales et les Alains, arrivés également dans la région, sont rejetés ou partiellement intégrés par les Wisigoths. Ces nouveaux arrivants ont peu d'influence sur la langue, la plupart étant romanisés, ou sur l'organisation du territoire, puisqu'ils respectent les provinces existantes.

La péninsule en l'an 476

Les Alains, originaires d'Europe centrale et fuyant les Huns, s'installent en 409, sous l'autorité de Rome, en Lusitanie où ils restent jusqu'en 416 avant d'être réduits par les Suèves et les Wisigoths à la solde de Rome[4].

En 418, ces derniers, sont envoyés pour remettre au pas les Vandales, installés en Bétique depuis 411 mais pillant les régions alentours. Repoussés par les Wisigoths, ils finissent par s'établir en Afrique du Nord en 429.

Les Suèves arrivent également vers 409, s'établissent en Gallécie et y fondent un royaume. Le roi Herméric prête serment à Rome. Très vite, ils essaient de s'étendre, trouvant face à eux les Wisigoths en 418, mais réussissant à s'imposer au détriment des Alains. C'est un peuple rural et autonome ne se mêlant pas aux Romains. Ils prennent Braga comme capitale et se convertissent au christianisme une première fois en 448 grâce à l'évêque Martin de Braga. Le nord du Portugal devient dès cette époque un pôle religieux important. Rechiaire sera le premier roi européen chrétien à frapper sa propre monnaie.

Devant la puissance des Wisigoths, les Suèves tentent une alliance avec eux en 449. Mais, poursuivant leur stratégie expansionniste, ils subissent une défaite définitive face aux Wisigoths en 456. Le royaume suève est divisé puis réunifié en 464. C'est durant cette période de lutte entre royaumes suèves que Conimbriga est détruite. Les Suèves se convertissent à l'arianisme en 466 avant de revenir au catholicisme en 550.

Initialement envoyés par Rome comme armée, les Wisigoths finissent par dominer la Péninsule en 476 et mettre fin au royaume suève en décomposition en 585. La conversion au catholicisme en 589 du roi Récarède Ier lui permet de faire accepter son autorité sur l'ensemble des peuples de la péninsule. Le christianisme s'impose et tend à unifier les populations ibéro-romaines et barbares. Dans le même temps, la société se féodalise et les luttes internes à la noblesse se développent jusqu'à fragiliser le pouvoir.

On trouve des vestiges de la présence germanique dans la zone du Minho et de la Beira : chapelle de São Frutuoso de Montélios, basilique d'Egitânia (aujourd'hui Idanha-a-Velha).

Invasion arabe [modifier]

À partir du VIIe siècle, la Péninsule ibérique est envahie par les Maures venus d'Afrique du Nord : Arabes et Berbères nord-africains récemment convertis à la toute nouvelle religion : l'islam.

Ils débarquent dans le sud en 711, commandés par Tariq ibn ziyad à la tête de 7 000 hommes, remportent la bataille de Guadalete face aux wisigoths de Rodéric. À l'origine de cette bataille, il y a la crise de succession qui divise la noblesse wisigoth: le gouverneur de Ceuta demande l'aide des maures pour s'opposer à Rodéric. Dès 713, toute la péninsule est contrôlée, avec une présence musulmane (environ 500 000 individus) essentiellement concentrée autour de Cordoue et de Grenade.

Cette occupation de cinq siècles laisse une trace profonde dans les régions concernées, dans la langue[5], la toponymie (noms de villes commençant par al-), l'agriculture, le commerce et les mœurs; des mœurs qui tranchent avec celles des peuples déjà installés. Beaucoup de chrétiens reprennent les mœurs maures tout en gardant leur religion : les Mozarabes. D'autres vont jusqu'à la conversion à l'islam: les Mudéjares.

Les Maures conservent les divisions administratives pré-existantes. Ils nomment le pays al-Andalus et son occident Gharb al-Andalus (l'ouest d'al-Andalus, soit le Sud et le centre du Portugal).

En 759, Abd al-Rahman Ier ; dernier survivant des Omeyyades de Damas, échappe au massacre de sa famille par les Abbassides et se réfugie en Andalousie. Il contribue donc au maintien d'une branche des Omeyyades en fondant le premier État musulman totalement indépendant du califat islamique: l'Émirat de Cordoue, celui-ci se transformera avec Abd al-Rahman III en Califat de Cordoue. Plus tard se forment plusieurs royaumes musulmans indépendants politiquement (les Taïfas).

Le royaume asturien (en jaune) et l'occupation arabe (en vert)

Ces divisions facilitent la lutte d'une poignée de nobles wisigoths et de religieux ayant perdu leurs terres lors de cette invasion; regroupés au nord, sous la bannière du royaume asturien (incluant l'Asturie, le León, la Castille et la Galice), ils se rebellent en 750 pour reprendre leurs biens. Dès 718, le roi Pélage le Conquérant s'impose face aux Maures à la bataille de Covadonga. Cette première victoire annonce une avancée inexorable vers le sud qui prendra le nom de Reconquista (Reconquête): elle dure cinq siècles et s'achève en 1249 pour le Portugal. Elle est fondatrice de l'identité nationale du pays.

La fin de la Reconquista portugaise, aboutie bien plus tôt que celle de l'Espagne (1492), est accélérée par la chute du califat de Cordoue en 1031. Pour contrer alors la menace chrétienne, les Taïfas de Badajoz et de Séville font appel aux Almoravides. Ceux-ci en profitent pour occuper Cordoue et Séville, poussant le gouverneur de Badajoz à demander l'aide du León catholique en échange de villes comme Lisbonne, Santarém et Sintra.

En règle générale cette lutte entre chrétiens et musulmans ressemble moins à une guerre qu'à une suite de pillages, du moins jusqu'au XIe siècle et l'appel à la croisade.

Naissance du royaume de Portugal [modifier]

Sous le règne de Alphonse Ier (successeur de Pélage le Conquérant), les seigneurs d'Asturie s'emparent des territoires jusqu'au Douro.

Le royaume de León compte au début quatre divisions: les Asturies, le León, la Galice et la Castille. Chacune est dirigée par un comte. Au fur et à mesure des conquêtes, les terres sont divisées en comtés ou en duchés. En 868, Porto et Braga sont reprises[6]. À partir du IXe siècle, le Sud de la galice forme un comté dynamique autour de sa métropole religieuse, Braga, et de son port Porto. Il porte le nom de Portucale ou Terra portucalensis (pays de Portucale), rappelant le nom latin de Porto (Portus Cale ou Portucale).

La noblesse qui s'y installe fonde le Condado Portucalense, dirigé par Vímara Peres puis ses enfants jusqu'en 1071. De nombreuses incursions au sud du Douro donnent lieu à de nouvelles occupations par de nouveaux seigneurs qui eux-mêmes se rebellent bientôt contre le comte et cherchent à s'émanciper de l'autorité royale. Avec la bataille de Pedroso, la Galice annexe le comté mettant fin à cette rebellion.

En 1095, Urbain II lance la première croisade pour libérer les lieux saints et surtout réagir à la menace que représentent les Turcs récemment convertis à l'islam. Déjà, les réformes grégoriennes appellent à s'unir pour lutter contre toutes les croyances païennes et hérétiques.

C'est dans ce cadre que, en 1095, Alphonse VI de Castille et de León, annexant la Galice et le comté de Portugal, réunifie le royaume. Alphonse VI, marié à Constance de Bourgogne, fait appel à sa belle famille bourguignonne pour l'aider à reconquérir la péninsule. Raymond et Henri de Bourgogne, de la famille royale de France, font partie d'une noblesse en quête de terre et de prestige et répondent favorablement à l'appel.

En remerciement et pour consolider ses liens avec les autres monarchies, il donne à Raymond sa fille Urraque et en fait donc le futur roi de León et de Galice.

À Henri, il donne la main de sa fille bâtarde, Thérèse et le comté de Portugal[7]. Dès lors, celui-ci installe sa cour près de Braga, à Guimarães (considéré depuis comme « berceau » du Portugal). Il continue à prêter serment à Alphonse VI tout en bénéficiant d'une certaine autonomie, et poursuit la reconquête jusqu'au fleuve Mondego.

La bataille d'Ourique peinte par Domingo Antonio de Sequeira (1768-1837).

Des circonstances particulières permettent à Henri de prendre son indépendance: la mort du roi Alphonse VI et de son héritier. Urraque Ire de Castille monte alors sur le trône, provoquant des contestations chez ses vassaux. Henri refuse de lui prêter l'hommage et affirme son indépendance. À sa mort, sa veuve Thérèse de León, hérite du comté et poursuit cette politique d'indépendance. Pourtant son rapprochement avec la noblesse de Galice qu'elle réclame en héritage provoque le mécontentement de la noblesse portugaise. C'est alors son fils Afonso Henriques, né à Guimarães, soutenu par la noblesse portugaise opposée à cette alliance, qui se révolte contre sa mère — bataille de São Mamede en (1128)[8] — puis contre le nouveau roi Alphonse VII qui finit par en faire son vassal en échange de sa loyauté (traité de Tui en 1137).

En 1139, Afonso Henriques remporte sur les musulmans une bataille historique à Ourique et est proclamé roi par ses troupes sur le champ de bataille. La légende veut que le Christ lui soit apparu pendant la bataille. Cette situation est officialisée par le traité de Zamora (1143) par lequel Alphonse VII reconnaît le royaume du Portugal et son roi Alphonse Ier. Grâce à son habilité politique et guerrière, ce dernier a réussi là où d'autres comtés échouent, et gagne ainsi son indépendance.

La dynastie des Bourgogne [modifier]

Fin de la reconquête [modifier]

La reconquête et la formation du Portugal de 790 à 1300

Une fois reconnue son indépendance, le royaume de Portugal continue la lutte contre les Maures et rencontre plusieurs succès. Le 15 mars 1147 est conquise la ville de Santarém, une cité stratégique dotée d'un château réputé imprenable. Le 14 octobre 1147, est prise la ville de Lisbonne, importante source d'approvisionnement, grâce à l'aide de croisés en route pour la Terre Sainte. Puis tombent les cités d'Alcácer do Sal (1158) et de Béja (1162), ainsi que l'Alentejo (1168)

Avec ces défaites successives, les Almoravides sont remplacés par les Almohades dans le contrôle de la péninsule (1151). Le roi de Castille et León, Alphonse VII, sur le point de se faire doubler par Alphonse Ier pour la prise de Badajoz, s'allie aux Almohades pour l'en empêcher.

Lisbonne devient la nouvelle capitale du royaume et remplace Coimbra comme lieu de résidence habituelle du roi. Ce dernier est officiellement reconnu par le pape Alexandre III en 1179.

Les terres prises à l'ennemi sont confiées aux différents ordres religieux et militaires qui contribuent au succès de la reconquête (l'ordre de Santiago à Alcácer do Sal, Almada, Palmela, l'ordre du Temple à Santarém et dans la Beira Baixa, l'ordre cistercien à Alcobaça, l'ordre des bénédictins dans le Nord...) mais aussi à des populations groupées en communautés indépendantes (Concelho). Il s'agit de les occuper, de les défendre, mais aussi de les dynamiser, de les mettre en valeur et d'y attirer une population restée méfiante. Cette méfiance transparaît dans le caractère défensif de l'architecture romane. Cette époque correspond ainsi à une période de développement des villes et du commerce qui accompagne les croisades.

Cette reconquête ne s'achève qu'avec les successeurs d'Alphonse Ier.

Sanche Ier

Sanche Ier (1185-1211) prend Silves (3 septembre 1189). Mais les Maures profitent des dissensions entre les royaumes chrétiens (1185-1189) pour reprendre de nombreux territoires dont Alcácer do Sal le 10 juin 1191. Il faut attendre 1211, pour que l'offensive chrétienne reprenne, encouragée par le pape Innocent III. Le Portugal intervient également au côté d'Alphonse VIII de Castille pour vaincre les Maures lors de la bataille de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212).

Les ordres militaires et les seigneurs de plus en plus puissants sont devenus une menace pour le pouvoir royal. Par ailleurs, le roi refuse d'appliquer au Portugal le décret du pape sur la confiscation des biens des infidèles ce qui lui vaut, à lui et à son successeur, d'être excommuniés.

Son successeur Alphonse II (1211-1223) s'attaque aux abus et vérifie tous les titres de propriété des seigneurs (inquiriçoes). Le pouvoir royal en ressort légitimé.

Alcácer do Sal est définitivement reprise en 1217.

Sanche II (1223-1248) est très actif sur le plan militaire et prend Elvas et Juromenha (1229), Moura et Serpa (1232), Aljustrel (1234) et Mertola (1240). Il reçoit soutien actif du pape Grégoire IX qui lie la reconquête aux Croisades: le 21 octobre 1234, la bulle papale Cupientes Christicolas concède l'Indulgence à tous ceux qui aident le Portugal dans sa lutte. Les seigneurs en profitent pour échapper à l'autorité royale; le pays connaît alors une période d'anarchie. L'Église se considère délaissée au profit des ordres militaires, ce qui vaut à Sanche II les réprimandes du pape.

Alphonse III (1248-1279) est désigné par le pape pour le remplacer dès 1246 : Sanche II doit s'exiler. Le nouveau roi s'engage à rétablir l'ordre, à respecter le pouvoir de l'Église et de la noblesse. Le pouvoir royal ne s'en trouve pas pour autant affaibli et il doit à nouveau affronter le mécontentement de l'Église en 1266.

Il reprend l'Algarve en 1249, faisant de son royaume le premier état d'Europe à avoir atteint ses frontières définitives. En 1267, après un début de conflit, le traité de Badajoz signé entre Alphonse III et Alphonse X de Castille, fixe les frontières entre les deux royaumes.

29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 20:02

saudadesQue de qualificatifs a-t-on attribués au mot saudade.


S
ublime sentiment, ou sentiment sublimé ?


L
a saudade est un ressenti de l'imperfection du présent et de la sublimation du passé, deux sensations mélangées avec une tendresse empreinte parfois de crainte, mais formulant pour l'avenir un voeu plutôt bienveillant et heureux.


L
a saudade ne se vit pas, elle s'acquiert. Dans la langue Portugaise, elle est précédée du verbe avoir et non du verbe être. Contrairement à l'état amoureux où l'on est... (être) "estou apaixonado" - La saudade s'acquiert. (avoir)  "tenho saudades".


Saudades ... multiples

Les saudades ne sont pas singulières mais plurielles, (ter saudades) car la saudade induit un mélange des choses, des situations  ou des instants. On l'évoque donc au singulier, mais on déclare son ressenti au pluriel.


L
a saudade exprime presque toujours une faille, un senti
ment de vide dans l'instant présent, une notion de carence, mais rarement de l'amertume. C'est une sorte d'envie de conjurer le sort, afin d'apporter par anticipation une beauté au futur et d'apprivoiser l'imprévisible. Elle exprime une volonté inconsciente de tenter par la pensée de combler une lacune afin de rendre la vie plus belle et d'entrer en harmonie.

D'où le probable leurre quant à la définition qu'on attribue parfois à la saudade, la rattachant d'office à la tristesse, alors qu'en fait la saudade est sans doute le sentiment qui symbolise le mieux l'espérance empreinte de bien-être, et donc une forme de joie et de bonheur.


I
l n'empêche que les portugais abordent la saudade de façon paradoxale, comme une forme d'exorcisme de moments propres à chacun. Tout en désirant inconsciemment s'attacher à elle quand cette saudade se réveille en eux, ils ne souhaitent qu'une chose;  la tuer. (matar saudades). Cartésiens s'abstenir.


L
a saudade est antagoniste en théorie, mais elle est résolument l'expression d'une forme de quête de bonheur, fut-il relatif ou utopique. Mais l'utopie ne concerne que très peu les portugais, puisque pour ces navigateurs éternels... tout est toujours possible.

25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 23:13

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41K99ZP34BL._SL500_AA240_.jpg


L'Occident d'al-Andalus sous domination islamique (sous-titre)

Le Portugal a appartenu au monde musulman pendant cinq siècles et demi. Cette période largement occultée par l’histoire officielle qui fait débuter l’histoire du Portugal au XIIe siècle et été peu étudié par les spécialistes de l’islam qui se sont focalisés sur la brillante Andalousie. Christophe Picard répare un oubli dans cette somme très fouillée, appelée à devenir un livre de référence.

« Entre Méditerranée et océan Atlantique, l'Occident ibérique, conquis par les Arabo-musulmans à partir de 711, a été largement imprégné par la culture de la dernière grande civilisation méditerranéenne et orientale présente cinq siècles durant dans la région. La conquête chrétienne - et non la reconquête - commencée dès les premières décennies du VIIIe siècle et achevée, dans la zone occidentale, en 1250, a donné naissance au Portugal et au royaume de Castille, tandis que disparaissait la domination de l'islam et que refluaient les élites musulmanes au profit de nouvelles forces dominantes qui conservèrent toutefois, de manière consciente ou non, de nombreuses marques de ce passé musulman dans leur patrimoine. Pourtant, jusqu'à une période récente, seule la zone centrale d'Al-Andalus et les grandes dynasties ont retenu l'attention des historiens. Les recherches sur l'Orient ibérique ont représenté la première étape dévoilant la diversité d'Al-Andalus et l'importance, pour son élaboration, de ses régions périphériques. Les travaux en cours, s'ajoutant à des sources écrites et matérielles partielles mais nombreuses, permettent de montrer à quel point l'Occident d'Al-Andalus, marqué par sa proximité avec l'océan Atlantique, a connu un épanouissement qui mérite un examen attentif et a pesé de tout son poids sur les transformations de la société d'Al-Andalus. La restitution de cette histoire régionale et des grands traits de la société luso-arabe permettent également de reprendre les grandes questions qui animent le débat scientifique sur Al-Andalus. » (présentation de l’éditeur)

« Par le biais d'une étude historique, puis d'une analyse géographique et sociale, l'auteur met en évidence les spécificités du Gharb al-Andalus. Parmi elles s'inscrit la double dynamique politique qui a forgé cette région. D'une part, la conquête arabe n'y a pas endigué une histoire dominée par les dissidences. Il a fallu deux siècles au clan omeyyade pour circonvenir l'Al-Andalus et les élites locales, arabes et berbères mais aussi les grandes familles wisigothes souvent converties, restent puissantes, toujours prêtes à profiter du moindre affaiblissement du pouvoir central. D'autre part, une force centripète accompagne un processus d'acculturation des élites traditionnelles. "Toutes les grandes familles qui prennent le pouvoir dans la région (...) se conduisent comme des potentats musulmans ayant assimilés les pratiques de l'islam dont elles se réclament." Dès le IXe siècle, le ciment d'une identité arabo-andalouse prend puis, de Cordoue aux provinces les plus reculées, un modèle politique arabo-musulman se diffuse. La ville, centre politique par excellence et symbole de la civilisation islamique, avec sa mosquée et ses bains publics, se développe, attirant élites, marchands et artisans. "L'espace urbain reflétant seul l'univers mental des intellectuels musulmans", ceux-ci délaissent l'étude des campagnes, dans cette société pourtant très majoritairement agraire. (…) Cette région, toujours en résistance face au pouvoir central, est marquée par la permanence de grands clans et la "durée de ses lignages au sommet de la hiérarchie sociale". Pour réduire la puissance des chefs de clan et contribuer au développement économique de ces régions, le pouvoir central avait pris le pari d'une vaste démilitarisation de la région, assurant ainsi une paix et une prospérité, mais induisant la propre faiblesse militaire d'Al-Andalus face aux troupes chrétiennes. » (extrait d’un article d’Agnès Devictor, Le Monde, 31 août 2001)


I I I . HI S T O I R E

Picard Christophe, Le Portugal musulman (VIIIe-XIIIe siècle): l’Occident d’al-Andalus sous domination islamique [Adel Sidarus]

Picard Christophe,

Le Portugal musulman (VIIIe-XIIIe siècle):

l’Occident d’al-Andalus sous domination

islamique

Maisonneuve & Larose, Paris, 2000. 422 p., 8 pl.

 

Finalement le passé islamique du Portugal est dévoilé

au grand jour!

Son appartenance à al-Andalus (la péninsule Ibérique

sous domination musulmane), cette réalité a été fâcheusement

occultée par l’emploi abusif de la dénomination

«Espagne musulmane», dans la mesure où le premier de

ces deux termes se rapporte à une entité politique moderne

différente de celle du Portugal. Or, dans le cadre d’al-Andalus,

le territoire aujourd’hui portugais faisait partie du grand fiarb,

équivalent au Sud-Ouest ibérique. Plus tard, quand, sous la

domination berbère, surtout almohade, Séville devint la

capitale effective, ce nom vint à désigner pratiquement l’espace

entre le Tage et le Guadiana/Odiana (avec leur double

marge), et finit par se cristalliser sous la forme d’Algarve,

comme dénomination de la bande méridionale extrême du

Portugal, en parfait parallélisme avec l’évolution Andalus/

Andalousie.

Actuellement professeur d’histoire médiévale à l’Université

de Toulouse-Le Mirail, C. Picard étudie, depuis bientôt

vingt ans, cet extrême fiarb al-Andalus. Sa démarche d’historien

se fonde à la fois sur l’analyse des sources écrites

(historiques et géographiques) et sur l’étude spatiale et archéologique

du terrain. Il n’y a pas longtemps (1997), il

publiait, chez le même éditeur, une grosse monographie

sur la navigation atlantique: L’Océan Atlantique musulman...

(Portugal, Espagne, Maroc), où l’on peut constater les

mêmes présupposés scientifiques.

Le Portugal musulman, qui traite aussi, mais non systématiquement,

des provinces espagnoles limitrophes

(Estrémadure et Andalousie occidentale), étudie fondamentalement

l’espace et la société (Partie II, p. 131-318), avec

un riche exposé d’histoire politique (Partie I, p. 19-129). Le

reste du volume contient, à part l’introduction (abordant

surtout le problème des sources arabes) et la conclusion,

des cartes et schémas sur une vingtaine de pages, une

bibliographie d’une quarantaine de pages et des index détaillés

de quelque trente pages. Il faut ajouter 8 planches,

soit 4 feuilles doubles hors-texte (entre p. 220 et 221),

contenant 24 illustrations, dont l’existence et les légendes

ne sont pas mentionnées dans la table des matières.

C’est bien en matière sociale et économique que

l’A. innove et enrichit particulièrement nos connaissances,

permettant, à travers l’histoire régionale «de reprendre les

grandes questions qui animent le débat scientifique sur

Al-Andalus». Sur près de deux cent pages, structurées en

neuf chapitres, comportant souvent une conclusion, l’auteur

analyse et élucide les multiples dimensions de la réalité

sociale et économique: depuis la division administrative et

la répartition de l’habitat aux ressources et activités économiques,

en passant par le panorama des villes singulières,

le paysage et le réseau urbains, les dynamiques sociales et

économiques, en milieux urbain et rural tout à la fois, etc.

Le contenu de chaque chapitre se trouve bien articulé en

sous-chapitres qui reflètent la complexité des réalités et la

richesse du traitement. Partout, les perspectives ont été

élaborées à partir des textes et des données de l’archéologie.

Bien sûr, les connaissances relevant de l’ensemble du

territoire ibéro-islamique ont dû pallier les éventuelles omissions

et silences des chroniques de l’époque, eu égard à

une région périphérique comme la nôtre. Mais cela a été

fait avec circonspection. En outre, les sources chrétiennes

post-(re)conquête ont été largement mises en valeur pour

suppléer à ces lacunes.

Il resterait, peut-être, à procéder à une exploitation

méthodique des sources numismatiques luso-arabes,

aujourd’hui mieux connues grâce à de nombreuses découvertes

et aux travaux de J. Rodrigues Marinho d’un côté,

de A. Telles Antunes avec A. Sidarus, de l’autre (le relevé

bibliographique de l’A. dans ce domaine est loin d’être

complet...). Les données toponymiques ont certes été mises

à profit, mais on est loin d’une exploitation systématique

de l’ensemble du matériel. Du reste, on prendra garde à ne

pas considérer comme sûres ou définitives plusieurs

identifications de lieux luso-islamiques. Les sources géographiques

aussi ont été largement utilisées, et nous en

saurons gré à l’auteur. Toutefois, comme lui-même le signale,

ce genre de littérature pose de sérieux problèmes de lecture

et de fiabilité. Seule une critique textuelle et littéraire serrée

et comparative pourrait nous permettre une approche moins

aléatoire. Nous pensons l’avoir appliquée dans deux publications

sur Lisbonne (Arqueologia Medieval, 7, 2001,

p. 37-72) et sur Santarém (Qurtuba, 7, 2002, sous presse),

signées conjointement avec A. Rei, si bien qu’on pourra en

confronter les résultats avec ceux de l’auteur dans ses

descriptions de ces deux villes (p. 208-214 et 239-240).

L’exposé d’histoire politique de l’extrême pointe occidentale

d’al-Andalus se structure autour des sept chapitres

suivants: I. La conquête de l’Occident ibérique; II. La résistance

des tribus arabes à l’autorité centrale (lors de la

création de l’émirat par ©Abd al-Rahmæn Ier); III. Les réactions

autonomistes du IXe siècle; IV. L’époque du califat

omeyyade (Xe siècle); V. Les taifas ou principautés territoriales

du XIe siècle; VI. La domination berbère, almoravide

et almohade (XIIe-XIIIe siècles); VII. La guerre entre musulmans

et chrétiens.

On notera l’absence d’un chapitre sur les troisièmes

taifas (post-almohades), avec l’émir al-Musta©în bi-(A)llæh

Mºsæ Ibn MaÌfºÂ. qui, tout en étant le vassal d’Alphonse X

le Sage, régnait sur tout le fiarb et frappait monnaie propre…

Il est mentionné à la fois dans les sources arabes et chrétiennes

(portugaises et castillanes), pour ne pas parler de

l’opéra Dona Branca, où le célèbre écrivain portugais de la

première moitié du XIXe siècle, Almeida Garrett, évoque avec

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I I I . HI S T O I R E

lyrisme et sympathie sa fin de règne. Sur ce chapitre, on

consultera donc: F. Roldán Castro, Niebla musulmana

(siglos VIII-XIII), 2e éd., Diputación Provincial, Huelva, 1997,

p. 69-79.

Les sous-titres du chapitre VII (p. 107-129), assez

original, nous donnent une idée des perspectives adoptées

dans le traitement de la question: «L’avancée chrétienne

et les limites successives du fiarb al-Andalus»; «La stratégie

du pouvoir central musulman»; «L’Occident ibérique

dans le contexte militaire d’al-Andalus: un cas particulier».

Dans ce dernier paragraphe (p. 127-129), sorte de conclusion,

l’A. rattache la spécificité mentionnée au manque

d’intérêt stratégique de la part des autorités centrales à

l’égard de cette zone périphérique, tant du point de vue

militaire que du point de vue de la politique démographique

réelle. Par ailleurs, l’interpénétration entre Hispania

chrétienne et Andalus islamique s’avère plus marquée ici

que dans le reste de la Péninsule (exception faite, peut-être,

du Levante dont l’histoire offre d’intéressants parallèles avec

le flarb…), en raison des «personnages, souvent d’origine

muwallad et berbère, cherchant à se soustraire à l’autorité

centrale de Cordoue [ou Séville] pour créer des entités autonomes

». (p. 128).

Peut-être en raison de son intérêt particulier pour l’histoire

sociale et économique et pour l’archéologie spatiale,

l’A. n’a pas suffisamment exploité, pour l’histoire politique,

ni les sources originales, ni les études monographiques qu’il

cite. Sans diminuer la valeur de la synthèse édifiée, trois

périodes, en particulier, mériteraient d’être revues et

complétées, sinon corrigées, en accord avec les résultats

de nos propres travaux: la conquête et les débuts de la

domination arabe; l’autonomie régionale dite muwallad vers

la fin de l’émirat (plus d’un demi-siècle!); les taifas

almoravides (milieu du XIIe siècle). Sur ce dernier point et,

en particulier, sur la figure paradoxale du mahdî Ibn Qasî

de Silves, il faut consulter plutôt notre étude (accompagnée

d’une chronologie détaillée) intitulée «Novas perspectivas

sobre o Gharb al-Andalus no tempo de D. Afonso Henriques

» (2º Congresso Histórico de Guimarães. D. Afonso

Henriques e a sua época. Actas, Guimarães, 1997, II,

p. 247-267). Il convient d’y ajouter, à présent, la perspective

d’A. Khawli dans «Le fiarb al-Andalus à l’époque des

secondes taifas» (Arqueologia Medieval, 7, 2001, p. 23-35),

qui complète son étude antérieure sur Ibn Wazîr d’Évora,

publiée dans le nº 5 (1997) de la même revue et dûment

citée par Picard.

Qu’il nous soit permis, dans cet ordre d’idée, de relever

l’omission de trois ouvrages qui, pour traiter de l’histoire

de territoires aujourd’hui espagnols, portent néanmoins sur

une partie importante de l’espace andalou occidental

concerné par l’étude de C. Picard: M. Terrón Albarrán, Historia

política de la Baja Extremadura en el período islámico

(Badajoz, 1983); M.A. Pérez Álvarez, Fuentes árabes de

Extremadura (Cáceres, 1992); F. Maíllo Salgado, Salamanca

y los salamantinos en las fuentes árabes (Salamanque,

1994). La méconnaissance de ces travaux empêche en

partie une présentation équilibrée et complète de l’histoire

du flarb al-Andalus.

Malgré les intérêts personnels de l’A., on ne peut pas

être aussi rapide sur la vie culturelle et intellectuelle

(p. 255-261, en plus de quelques allusions éparses) dans

un ouvrage qui fera certainement date, sous peine de donner

une idée fausse de la réalité historique. À vrai dire, l’historiographie

moderne ou la consultation superficielle des

recueils bibliographiques et littéraires anciens donne

l’impression d’une relative pauvreté en ce qui touche la lointaine

région de l’Occident péninsulaire. Pourtant cela n’est

pas vrai. Comme dans le cas de l’histoire globale, c’est le

manque de «visibilité scientifique» d’une réalité, qui conduit

souvent à sous-estimer celle-ci. Les nombreuses publications

de feu J.D. Garcia Domingues (1910-1989) étant en

langue portugaise, elles sont peu connues à l’extérieur.

Picard en cite deux ou trois, sans en tirer suffisamment

profit; il faut en ajouter plusieurs autres, recensées dans la

bibliographie critique qui ouvre le recueil de travaux publié

en 1997 et dûment mentionné en page 397 du présent

ouvrage. Ne pas oublier aussi le travail de compilation

prosopographique de Martim Velho, Varões árabes ilustres

do Andaluz ocidental (Evora, 1965), où sont traduits (passablement)

les notices biographiques des auteurs classiques

Ibn al-Fara.î et Ibn Ba‡kuwæl.

De toute manière, la réputation poétique et littéraire

de la cour aftasside de Badajoz au XIe siècle, ou bien celle

de l’anthologiste et critique littéraire, Ibn Bassæm al-Oantarînî

(de Santarém!), avec la panoplie d’études qui lui ont été

consacrées (cf. EI2, IX, 318), pour ne mentionner que ces

deux exemples, auraient dû attirer l’attention sur la relative

importance de la production luso-arabe dans le panorama

général des lettres andalouses. C’est ce que les récentes

recherches de Bruna Soravia (Rome) et un projet de recherches

portugais (Lisbonne, 1998-2000), qui a pu bénéficier

des connaissances de la chercheuse italienne, ont tenté de

mettre en lumière: il a été établi, notamment, une base de

données prosopographiques recensant quelque deux cents

personnages (!) et un symposium international a eu lieu,

dont les Actes (Literatura e cultura no Gharb al-Andalus,

éd. B. Soravia et A. Sidarus) devraient bientôt paraître. Les

interventions intégrées dans la Table Ronde sur la critique

littéraire en particulier, tenue sous forme d’appendice au

Symposium, sont déjà parues dans la revue Qurtuba

(6, 2001).

Une note finale sur la riche, mais parfois surprenante,

bibliographie. Entre autres lacunes, le nom des auteurs

portugais a été généralement traité selon l’onomastique

espagnole, c’est-à-dire, ordonné d’après le double nom de

famille (1). Or on sait que ce système se justifie dans le cas

(1) Il semblerait que c’est à l’éditeur que revient cette responsabilité, car

on note une certaine divergence avec les références faites dans le texte

ou les notes.

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BCAI 19 – 2003 78

I I I . HI S T O I R E

espagnol parce que le nom de famille patrilinéaire précède

celui matrilinéaire et les personnes sont souvent connues

sous le premier; ce qui n’est pas le cas de l’onomastique

portugaise. Mais tous les auteurs ne sont pas traités de la

même façon: par exemple, José Domingo Garcia Domingues

est cité «J.G. Domingues», Fernando Branco Correia

«F.B. Correia» et José Rodrigues Marinho «J.R. Marinho».

Il manque, parfois aussi, l’un ou l’autre des deux noms. On

prendra acte, de plus, que les index n’ont pas pris en considération

les nombreuses et riches notes.

Ces quelques critiques de détail ne diminuent en rien

la portée et la valeur de la précieuse monographie de notre

collègue et ami C. Picard. C’est un ouvrage désormais incontournable,

dont la richesse restitue à une vaste région

hispano-portugaise la mémoire d’un passé historique oublié,

sinon sournoisement renié. À l’heure européenne de la mise

en valeur des identités régionales, de l’identité englobante

de la Méditerranée euro-arabe, des mouvements démographiques

et du multiculturalisme croissant, les Portugais

méridionaux et les Espagnols du Sud-Ouest ne manqueront

pas d’apprécier, avec reconnaissance envers l’auteur, cette

importante contribution historique.

Adel Sidarus

Evora - Lisbonne

25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 03:54

Le Portugal musulman


  • le Portugal a connu une présence musulmane durant plus de 5 siècles qui commence en 711 par le franchissement du détroit de Gibraltar par Tariq ibn Ziyad et se termine en 1242 par la prise de Tavira par Dom Paio Peres Correia
  • L’Algarve (Sud du Portugal) tient son nom de l’expression arabe : al-Gharb al-andalus qui veut tout simplement dire « à l’Ouest de l’Andalousie »


Vestiges de l’époque musulmane 

  • Les musulmans ont laissé de nombreux châteaux sur le territoire portugais.
  • Ils y ont marqué le paysage par des constructions typiques, telles que les citernes ou des tourelles d’observation.
  • Ils y ont aussi laissé une culture surtout présente dans le Sud (expressions, gastronomie, etc.)
 
  • Mais si l’on parle rarement du Portugal musulman, c’est que celui-ci n’a malheureu-sement pas bénéficié de grands travaux palatins ou religieux comme la proche Andalousie

Porto de Mós    

Château fondé par les musulmans au XIIème siècle


Ourém    

Château fondé par les musulmans au XI-ème et XIIème siècle 


Leiria     

Château occupé et remanié par les musulmans au XIIème siècle 


Marvão 

  • Marvão tient son nom d’un prince autochtone converti à l’islam : ibn Marwan
  • L’affiche ci-contre présente une commémoration actuelle de cet évenement
 

Cité fortifiée fondée 
par ibn Marwan au IXème siècle
 


Silves 

  • Si Cordoue est connue pour avoir vu naître de grands philosophes arabes tels que Averroès ou Maïmonide, Silves fut tout aussi réputée pour sa poésie Luso-arabe.
  • L'historien al-Hamawî écrivait à propos des habitants de Silves : "Très peu d'entre eux ne pratiquent 
    la poésie et n'ont point de culture...
    " (Dictionnaire géographique, 1229).
 

Ville de la poésie luso-arabe (XI & XIIème siècle 


Les poètes luso-arabes :

  • Ibn Qasi
  • Al-Mu'tamid
  • Ibn 'Ammar
  • Maryam Al-Ansari
  • Ibn Asside


 

Création : DJHAIDGH

Octobre 2007

25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 03:49
26 avril 2004 Portugal - Fatima : La civilisation arabo-musulmane expliquée par le Maroc

Le Centre d’Etudes de la ville portugaise de Fatima (centre), connue pour son célèbre sanctuaire catholique, a convié le Maroc, en fin de semaine, pour une manifestation culturelle visant à faire connaître la civilisation arabo-musulmane et à promouvoir l’esprit de tolérance envers l’autre.

 

Ce projet multidisciplinaire auquel étaient associés les écoles et lycées de la région, en plus des assemblées élues, a eu recours aux services de l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT) à Lisbonne pour animer un espace culturel en plein air afin de mieux illustrer les différentes facettes développées au cours des conférences tenues sur le thème de la civilisation musulmane.

La ville de Fatima est célèbre par son sanctuaire du même nom qui draine chaque année des milliers de pèlerins du Portugal et du reste du monde chrétien, dans l’espoir d’une guérison miracle ou pour exaucer des voeux. Son centre d’études, deuxième et troisième cycles de l’enseignement, a choisi au cours de cette année scolaire de reconstituer, sur place, une "journée arabe" pour imprégner le grand public des caractéristiques de la civilisation arabo-musulmane.

Le projet académique s’est attelé à mettre en valeur les apports de la civilisation musulmane à la civilisation européenne, dans les domaines de la langue, de l’économie, des sciences, de l’urbanisme et à mieux connaître les vestiges de la présence musulmane au Portugal, du temps de l’Andalousie musulmane, dans l’objectif de développer "l’esprit de tolérance, de solidarité, de coopération et de respect de l’autre".

La "journée arabe" devait, à son tour, conjuguer la réalité du monde arabo-musulman au quotidien en choisissant le Maroc comme exemple de la diversité culturelle. L’ONMT a ainsi monté une grande tente caïdale, près du marché de la ville de Fatima, sous laquelle le public pouvait découvrir un intérieur marocain composé de belles pièces de tapis et de l’artisanat du Royaume.

En plus de cet intérieur, qui a suscité l’admiration des visiteurs, le public avait à sa disposition différentes brochures sur le Maroc, notamment les villes impériales de Fès et de Meknès qui témoignent, notamment par leur architecture et leur mode de vie dans les médinas, du cachet original et historique de la civilisation arabo-musulmane, perpétuée de nos jours.

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